dimanche 3 mai 2009

Georges DARIEN le "cambrioleur de la vérité".


Nombreux, parmi les passionnés de lecture, ceux qui mettent Georges Darien, écrivain assis à califourchon entre le 19° et le 20° siècle, au cénacle de la littérature contestataire française ; il a toujours été, de son vivant et même après sa mort, chahuté entre le succès et l’oubli. Ainsi, en 1889, lorsqu’il fait paraître « Bas les cœurs ! » un premier roman qui dénonce « l’apprentissage de la peur du conformisme » parmi les nouveaux riches et les parvenus, le livre connaît un vif succès mais il fait scandale. Il disparaît alors de l’échoppe des libraires. A l’époque de cette parution, Georges Darien effectue son service militaire.

Traduit devant le conseil de guerre pour insubordination il est envoyé en Tunisie dans un régiment disciplinaire. Une expérience douloureuse dont il tirera l’histoire de « Biribi, discipline militaire » un roman pamphlétaire qui lui vaudra les foudres de l’armée et de la police. Georges Darien est obligé de fuir la France. Il se réfugie en Angleterre. C’est au pays de la perfide Albion qu’il écrit, sur les bords de la Tamise, « Le voleur ». Ce roman paraît en 1897 et deviendra fameux mais il sera occulté par la critique tant la description qu’il fait des classes sociales dominantes, installées dans l’opulence au détriment des pauvres, est un livre dérangeant. Alfred Jarry et Alphonse Allais font connaître leur admiration pour Georges Darien. André Breton écrit que l’œuvre de Darien « est le plus rigoureux assaut qu’il connaît contre l’hypocrisie, l’imposture, la sottise et la lâcheté ». Ces soutiens ne suffiront pas. « Le voleur » sera ignoré par la plupart des libraires et caché au grand public. Ce n’est qu’en l955, (c'est-à-dire 58 ans après sa première parution) lorsqu’un éditeur érudit décide de le réimprimer que ce roman va connaître un immense succès et assurera la postérité de son auteur. Dès lors, Georges Darien est un écrivain reconnu. Pourtant, aujourd’hui, ses pièces de théâtre, ses chroniques et ses romans sont à nouveau oubliés. C’est dommage ! Mais tout n’est pas perdu. En effet, notre époque dont on dit volontiers qu’elle est lisse, sans passions, conformiste et qu’elle conduit les dernières grandes idées à vau-l’eau, pourrait être propice à redécouvrir Georges Darien. Lire « Le voleur » par exemple, s’est se débarrasser des préjugés, des apriorismes, c’est accepter d’être happé par des réflexions que –hors la lecture- nous nous interdirions et dont nous nous refuserions d’en reconnaître le bien-fondé. Après tout, comme l’a écrit Georges Darien « Dans une société de brigands et de menteurs, la littérature est le seul moyen de cambrioler la vérité ». C’est cette forme de vérité que je vous propose de lire ou relire. Si vous ne le connaissez pas, découvrez Georges Darien ! La liberté de ses textes vous rendra heureux. Par ailleurs, l’acte de lecture sera une façon de sceller le destin de Darien selon lequel cet écrivain hors-normes et qualifié autrefois « d’irrégulier » passe, sans cesse, de l’oubli à la célébrité. Question d’époque ! Or, c’est peut-être le bon moment pour que les romans de Georges Darien (dont « Le voleur ») soient appréciés à leur vraie valeur : libre et passionnant.

« Le voleur » de Georges Darien est aujourd’hui publié en livre de poche dans la collection Folio. C’est chez Gallimard


Eric Yung.

mercredi 8 avril 2009

JULIEN GRACQ, LE DISCRET.


Julien Gracq – Portrait.






Parmi ce qu’il est convenu d’appeler les grands écrivains il en est un qui nous a quitté discrètement la semaine dernière : c’est Julien Gracq. Auteur discret, cet écrivain, décédé le 22 décembre 2007 était l’homme d’une autre génération littéraire. Refusant les honneurs, se tenant loin des caméras de la télévision, il regardait –sans le comprendre peut-être ? - son temps avec étonnement. Ainsi, le témoignage de son médecin qui, au cours d'une de leur dernière conversation a évoqué son rapport à l’écriture : « Je le voyais, comme tous mes patients, chez lui ou à mon cabinet. (…) Il était angoissé, par exemple, de voir que le travail d’une vie d’écrivain peut être contenu sur un CD. Il me disait : vous vous rendez compte, toute l’œuvre de Balzac tient sur un demi CD ». C’est dire si Julien Gracq (de son vrai nom Louis Poirier) avait sacralisé le métier des lettres. Une nouvelle, un roman ou un poème ne pouvait pas être un « produit » consommable. C’était, obligatoirement, une œuvre qu’il fallait, lentement, consulté.

Si la notoriété de Julien Gracq est quasi-universelle, s’il est aujourd’hui inscrit dans les programmes universitaires pour y être étudié, ses livres n’ont jamais connu de grands tirages, hormis « Le rivage des Syrtes » qui obtiendra, en 1951, le prix Goncourt. Un prix que Julien Gracq a d’ailleurs dédaigné. Enfin, il est amusant de remarquer que son premier manuscrit « Au château d’Argol » a été refusé par Gallimard et que, quelques années plus tard, c’est pourtant Gallimard qui a publié, de son vivant -et la chose est rare pour être soulignée- son œuvre complète dans la prestigieuse collection « La Pléiade ». Des contradictions littéraires qui peuvent laisser croire que les romans de Julien Gracq sont contreversés et plus ou moins accessibles aux communs des mortels. Il n’en est rien. Bien au contraire. « Les livres de Julien Gracq sont des livres de chevet que l’on peut relire sans cesse en les ouvrant au hasard. "Je sais d’expérience que dans des périodes de tristesse et de solitude la lecture de Gracq apporte un réconfort, un apaisement et une exaltation » a écrit Patrick Modiano.

Vous qui allez peut-être vouloir découvrir les romans de Julien Gracq je me permets de vous conseiller –et le risque est grand de le faire ! – les « Eaux étroites ». Un roman dont voici les premières phrases. Elles résument, me semble-t-il, l’esprit de toute l’œuvre de Gracq :
« Pourquoi ce sentiment s’est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage seul –le voyage sans idée de retour- ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette du sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l’excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, à la clôture de la maison familière ? ».

Julien Gracq est mort samedi 22 décembre 2007. Il avait 97 ans.


Eric Yung.

jeudi 12 mars 2009

AIME CESAIRE /




Chronique Eric Yung~~





Comment rester silencieux sur un homme d'une très grande qualité ? Comment pourrait-on, aujourd'hui, ignorer l’écrivain, le poète, l’essayiste et le « politique » Aimé Césaire ? Si presque tout le monde connaît l’itinéraire exceptionnel de Aimé Césaire, ce Martiniquais né au sein d’une famille modeste de sept enfants le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, il faut peut-être -pour les plus jeunes d’entre nous - rappeler qui il est et surtout parler de son oeuvre.

L’œuvre de Césaire –et c’est qui en fait son originalité- est faites de philosophie et d’humanisme, de combats politiques et d’espérance, d’esthétisme et de création, de recherches et d’acquis, de connaissances et d'une farouche volonté de transmettre le savoir, d’actes de courage et de rébellion. Un tout soumis à sa propre critique et harmonieusement mis en forme. L'oeuvre d’ Aimé Césaire n’est pas la résultante d’une simple et ordinaire -sommes-nous tenté de dire- construction artistique. Non ! Chez Aimé Césaire, la construction artistique est devenue une œuvre parcequ'elle s'est nourrie de multiples disciplines intellectuelles et qu'elle s’est inscrite en cohérence avec l’action pour devenir une « pensée » ; une pensée élevée ici, chez Césaire, au rang d’universalisme.
Enfant et sitôt finie l'école primaire il bénéficie d’une bourse pour entrer en classe d’hypokhâgne au lycée Louis le Grand à Paris. Dès son premier jour de scolarité il rencontre Léopold Sédar Senghor avec qui il noue une amitié qui durera toujours. Il réussit le concours d’entrée de l’Ecole normale supérieure, sera agrégé de lettres et après avoir enseigné en Martinique il est l'élu de Fort de France et deviendra député communiste. Soulignons ici que cet homme de principe est l’un des très rares hommes politiques à dénoncer l’invasion de Budapest par les chars soviétiques. D'ailleurs, c'est à cette époque qu’il démissionne du Parti communiste français. C’était donc en 1956. Pour la petite histoire rendons à Césaire ce qui appartient à Césaire : c'est lui l'homme de la "départementalisation". En effet, la est un néologisme forgé, dès 1946, par Aimé Césaire. Par « départementalisation » le brillantissime Césaire a voulu remplacer le mot « assimilation », un mot ambigu - reconnaissons-le - lorsqu’il s’agissait de définir le désir des colons d’autrefois de voir les noirs antillais renier leur culture pour s’intégrer dans celle, historique, de la France. De même, c’est Aimé Césaire qui a inventé le concept de « négritude ». Une revendication culturelle ayant pour but de réfuter, à jamais, le racisme issu de l’idéologie colonialiste et ainsi revendiquer les racines africaines des antillais.
La « négritude » est devenue, avec le temps, une école de poésie dans laquelle se sont retrouvés les plus grands auteurs contemporains. C’est d’ailleurs grâce à la
« négritude » que Césaire a été reconnu et aimé des surréalistes, qu’il a été admiré de Jean-Paul Sartre qui lui a préfacé son « Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache ».
L’œuvre littéraire d’Aimé Césaire ne comptent pas moins d’une dizaine de volumes de poésie, d’au moins quatre pièces de théâtre, de plusieurs essais et d’un livre d’histoire. Le poète Césaire est reconnu internationalement, une partie de son œuvre est enseigné aux élèves du monde entier, il a été l’ami de tous et respecté par les plus grands de ce monde. Enfin, pour dire sa tolérance et sa lucidité intellectuelle citons, pour terminer cette chronique, cette phrase (elle est tirée d’ « Une saison au Congo », c’est paru au Seuil) : « Le crayon de Dieu lui-même n’est pas sans gomme ».

Aimé Césaire est mort à l’âge de 94 ans.

Eric YUNG

jeudi 11 décembre 2008

REDECOUVRIR JULES ROMAIN ~~

2008 2311 JULES ROMAIN / Chronique «Axiome».





Parmi les écrivains un peu oubliés ou en tous cas moins lus qu’autrefois il y a Jules Romain… Or, cet auteur, à l’époque où il publiait beaucoup, a marqué, très fort, au moins deux générations de lecteurs.



Il y a des livres que nous n’oublions pas. Et ceux-là, -l’avez-vous remarqué ? – ont été lu au temps de notre jeunesse. Il nous faut donc admettre –et c’est intéressant de le noter en passant- que le pouvoir des mots est immense puisqu’ils s’installent à jamais dans notre mémoire. Il n’est donc pas surprenant que quelques auteurs aient marqué leur génération. Parmi eux, il en est un qui a eu–c’est certain- une influence intellectuelle sur la jeunesse de son époque. Il s’agit de Louis-Henri Jean Farigoule plus connu sous le pseudo de Jules Romain. Normalien, agrégé de philosophie, Jules Romain est né le 26 août 1885.

Comment –s’il est possible de le faire ? – résumer son œuvre ? C’est une sorte de regard posé sur la société humaine pour la contempler sur un angle ouvert à 180°. Jules Romain mémorise ce qu’il voit et nous le rapporte en détails mais pour mieux nous en reconstituer l’ensemble. Oui, il faut dire ici que Jules Romain observe ses personnages sur une longue période, il apprend à les connaître et étudie leurs actes quotidiens avant de les décrire puis les tricote ensemble. Ainsi, chaque homme, chaque femme, chaque famille, chaque enfant et même chaque animal de compagnie qu’il prend pour en faire des héros romanesques ont une vie propre, individuelle. Mais par l’effet (pour ne pas dire la technique) narratif Jules Romain viabilise leur existence respective en les projetant dans ce qu’il nommait « l’âme collective ». C’est le principe de l’unanimisme c'est-à-dire cette doctrine littéraire qui « conçoit l’humanité et tout groupe humain comme un grand organisme doué de conscience et de sentiments unanimes ». Jules Romain en est devenu le chef de file lorsqu’il a écrit et publié entre 1932 et 1946 « Les hommes de bonne volonté », une fresque romanesque qui a été édité en… 27 volumes. Ne croyez surtout pas que cette œuvre est rébarbative. Non, au contraire. ! Elle est humaine, simplement et profondément humaine. Pour vous en convaincre il suffit de lire « Le Dieu des corps » et « Lucienne » deux ouvrages qui, au temps de leur publication ont connu un énorme succès populaire. Ces livres vous donneront la dimension extraordinaire du talent de Jules Romain et vous apporteront, sans nul doute, de l’eau au moulin de votre vie tant les personnages vivent des situations que nous connaissons tous mais que nous ne savons rarement exprimer. Et puis, n’hésitez pas, pour le simple plaisir de sourire et de rire quelquefois, reprenez « Knock ou le triomphe de la médecine ». Vous le constaterez, cette pièce à l’heure où des médecins et des hygiénistes de tous poils voudraient nous interdire les plaisirs terrestres pour que nous puissions mourir en bonne santé, eh bien cette pièce est d’actualité. Pour preuve cette réplique du docteur Knock :
La santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon ». Bref, si vous considérez notre époque un peu morose lisez, en urgence, Jules Romain, vous vous réconcilierez avec le monde et vous vous surprendrez même –oui, c’est encore possible- à lui sourire.
Jules Romain est mort en 1972. Il avait 77 ans.



Eric Yung.

vendredi 24 octobre 2008

~~PRESENTATION DU BLOG~~


Ce blog est consacré à la littérature et aux livres. Aucun genre n'y est interdit : romans, récits, documents, polars, BD participent aux plaisirs de lecture.

Une chronique titrée "EPIDERME" sera bientôt alimentée en textes. Elle abordera et commentera, en toute liberté de ton, les actualités littéraires bien sûr, mais aussi tout événement sociétal en prise avec la culture générale.