jeudi 9 juin 2011

ARCHIVES DE BSC News - Septembre 2010.

Eric YUNG.

ROMANS NOIRS ET POLICIERS -


LA RENTREE : DES TALENTS, UNE SURPRISE & UNE DECEPTION.


Serge Quadruppani revient. Après au moins trois ans d’absence sur les rayonnages des librairies (il a écrit un vague polar pour enfants en 2007) il publie « Saturne », un « thriller » ou, si vous préférez, un roman à suspense. Et c’est tant mieux ! En effet, depuis quelques temps, ce sont ses nombreuses traductions (italien et anglais) d’Andréa Camillerie, Valerio Evangelesti, Stephen King et de bien d’autres romanciers connus qui ont été mises sur la scène littéraire et qui ont fait (un peu) oublier que Quadruppani est un auteur talentueux. Enfin, le romancier est de retour avec un livre fort bien réussi. « Saturne » raconte une histoire de facture classique : Simona Tavianello, une commissaire de police, enquête sur trois meurtres commis avec un « FNP 90 » et un « Glock 19 » qui sont respectivement –et chacun le sait- un pistolet mitrailleur en polymère plastique qui crache neuf cent coups à la minute et un 9mm/parabellum, le flingue automatique adulé par les forces spéciales du monde entier. Evidemment, ces trois exécutions, commises dans la vapeur des eaux chaudes des somptueux thermes romains de Saturnia, ne sont pas l’œuvre accidentelle d’un membre, maladroit, du club de tir local. Non, c’est du lourd, du professionnel. D’ailleurs, très vite, les investigations de la jolie Simona dont une « mèche de sa crinière vieil ivoire cache toujours son œil droit » la mène sur la piste de terroristes d’Al-Qaeda. Enorme ! Trop simple aussi. D’ailleurs, la femme flic n’y croit pas trop. En revanche, pragmatique, elle est convaincue que l’appât du gain reste le plus vieux mobile qui conduit les hommes à s’entretuer. Elle préfère donc chercher de ce côté-là. Et Quadrupani qui connaît aussi bien l’Italie que les lois classiques du polar pimente son récit avec une belle « combinazione » montée à l’occasion d’une réunion de chefs d’Etat à Gênes et un privé, un ancien de la maison poulaga de Paris, venu à la rescousse de la commissaire Tavianello pour l’aider à comprendre le pourquoi de la fusillade du Saturnia. Et, pour nous conduire sur le chemin de la vérité, Quadruppani se plait à nous décrire –avec un sens aigu de la réalité – un marigot d’eaux sales dans lequel baignent des mafieux, des hommes d’affaires et quelques politiques véreux. Bref, « Saturne » de Serge Quadruppani, paru aux éditions du Masque, ne décevra pas ceux et celles qui ont aimé, par exemple, son « Tir à vue », vieux polar publié en 1993 dans la Série Noire.



« BSC NEWS MAGAZINE » s’est intéressé, bien sûr, aux nouveautés anglo-saxonnes. Trois romans méritent notre attention : « Le credo de la violence » de Boston Teran publié aux éditions du Masque, « Les couleurs de la ville » de Liam McIlvanney édité par Métaillé et « Code 1879 » de Dan Waddel paru aux éditions du Rouergue qui viennent de lancer, il y a peu de temps « Noir », une nouvelle collection. Ces ouvrages ont en commun de cultiver des mystères, différents certes, mais absolus. Dans « Le credo de la violence » la trame narrative est construite autour de la recherche de l’ identité puisque, Rawbone, le héros principal du roman, un criminel notoire, est pourchassé - sans le savoir - par John Lourdes, un flic qui n’est autre que son fils. Quant à l’action ? Elle se déroule au tout début du vingtième siècle à la frontière mexicaine et pose donc la question, toujours actuelle, de l’exploitation américaine des ressources énergétiques dans les pays étrangers. Ces deux sujets font un polar réussi. Mais ici, le vrai mystère est celui qui entoure son auteur. Qui est-il ? Personne ne connaît son nom hormis qu’il signe ce roman de grande qualité du pseudonyme de Boston Teran ; ce même auteur (homme ou femme ?) dont on n’a jamais vu le visage et qui n’a jamais accordé d’interview serait, selon la rumeur répandue dans le petit milieu de l’édition New-Yorkaise, un grand écrivain américain connu sous une autre identité. Ceci dit, il faut lire, absolument, « Le Credo de la violence » de Boston Teran.




Autre mystère ? Celui contenu dans « Les couleurs de la ville » de Liam McIlvanney publié dans l’excellente collection « Noir » de chez Métaillé. Il s’agit d’un premier roman. Disons-le tout de go : c’est une réussite ! Le récit est un voyage au cœur de la violence irlandaise dont l’action se déroule, en grande partie, entre Belfast et Glasgow chez les unionistes protestants. C’est l’histoire de Gerry Gonway, un journaliste catholique du « Sunday Tribune » qui, la conscience écartelée entre sa soif du scoop et son désir d’éthique, se trouve projeté, presque malgré lui, dans un univers où règne l’intolérance, les dogmes religieux et les luttes d’influences politiques. Il est, par ailleurs, confronté à la réalité, sordide, d’un meurtre commis sur un gosse et ce, à grands coups de batte de baseball. Et dans ce polar psychologique servi par un style qui ne laisse pas indifférent il y a le personnage principal: Peter Lyons. C’est un jeune homme dont on dit qu’il sera bientôt le résident du 10 Downing Street à Londres. Or, l’énigme, c’est lui, le futur premier ministre britannique ! Et il règne en maître sur « Les couleurs de la ville ».



Enfin, dans ce petit florilège de polars d’origine anglophone il y a le livre de Dan Waddel « Code 1879 ». C’est paru aux éditions du Rouergue. « Code 1879 » ? Un délice de lecture pour ceux et celles qui aiment à la fois (et c’est l’originalité de ce roman) les histoires policières modernes nourries des inévitables experts scientifiques, des technologies toujours à la pointe du dernier progrès informatique et celles qui, avec Sherlock Holmes par exemple, nous on fait frissonner dans les brumes de Londres et fait découvrir les bas-fonds de l’Angleterre Victorienne. L’histoire est en soi assez simple : Grant Foster, un inspecteur de Scottland Yard (obligatoirement de Scottland Yard bien que l’auteur de ce roman ne le précise pas) se retrouve, au petit matin, dans un cimetière de l’ouest londonien. C’est le lieu du crime. A ses pieds, un cadavre dont l’assassin a amputé les deux mains avant de les emporter avec lui. Et à Foster, comme à son habitude, de chercher un indice qui le conduira jusqu’au tueur. Mais rien, « le tueur n’a rien laissé. Pas de trace, pas d’indice ou d’arme sur les lieux du crime. Aucun témoin ne s’est fait connaître. Il n’y a pas de mobile évident ». Ce mystère se renouvelle au rythme de nouveaux corps mutilés et découverts au fil de l’enquête menée par Foster qui se fait aider par un généalogiste. C’est ce dernier qui découvre, dans des documents du 19° siècle, qu’un crime commis en 1879, a sans aucun doute, un lien avec ceux, actuels, commis par un psychopathe qui met au défi la police de le démasquer. Les victimes se multiplient et l’on craint (pour la cohérence du récit) de deviner le nom de la dernière. Mais non, ouf, tout se termine bien ! Enfin, lorsque l’inspecteur Foster quitte pour la unième fois le cimetière de Kensal Green (et ce sont les deux dernières phrases du roman) « la bruine cessa et un soleil printanier apparut à la lisière des nuages. Au loin, pourtant, il entendit les croassements de trois corbeaux qui jouaient dans le ciel ».



« Les surprises viennent en lisant » dit un proverbe chinois. Et cette année « La » surprise est de taille. Parmi les 701 livres qui font la rentrée littéraire dite « blanche » ou « généraliste » l’un d’eux doit être extirpé du lot de cette production un tantinet outrancière pour être porté haut au frontispice des grands romans noirs. Celui-ci, édité chez Grasset, est titré « Apocalypse bébé » et il est signé : Virginie Despentes. Il peut paraître surprenant de présenter le dernier ouvrage de cette romancière aussi talentueuse que sulfureuse dans une rubrique dédiée au polar et la littérature noire mais, honnêtement, c’est sa place ! Enfin, quelle est l’histoire ? Une certaine Lucie, la quarantaine, le physique ingrat et dont la libido, bloquée à l’âge de treize ans, est indécise entre le féminin et le masculin, travaille pour une agence de détectives privés. Chargée de surveiller, filocher et photographier une petite bourge délurée et camée, prénommée Valentine, elle se retrouve flanquée d’une Hyène (c’est son surnom), une femme dont on ne peut s’approcher à moins d’un mètre sans risquer, au pire, de dégringoler dans les affres de la débauche sexuelle ou, au mieux, de perdre son âme. Toujours est-il que la Hyène, une spécialiste des disparitions des petits merdeux et merdeuses en tous genres fait équipe avec Lucie. Les deux filles doivent mettre la main sur cette foutue gamine Valentine qui préfère se faire caresser dans les toilettes publiques, s’envoyer en l’air avec des musiciens ou son cousin du « 9-3 » ou qui, prise soudainement du besoin de connaître ses ancêtres, préfère filer à Barcelone pour faire la connaissance de sa mère. Pour elle pas question de retourner chez son germanopratin de père, écrivain démodé du 6° arrondissement. Alors, elle en fait voir de toutes les couleurs, et parfois des plus sombres, à ses deux poursuivantes, les détectives chargés de l’interpeller. Le récit de Virginie Despentes est, à contrario de la violence qu’il contient, d’une grande tendresse. Cette romancière aime, à coup sûr, les êtres qu’elle nous présente et décrit dans son dernier livre. Mais que l’on ne s’y trompe pas : les intrigues successives et leurs rebondissements, le suspense qui tend toute l’histoire et l’enquête menée, tambour-battant, par la Hyène et son chaperon Lucie, font de « Apocalypse bébé » un polar inhabituel et jouissif.



Cette rentrée littéraire compte –aussi- une bonne nouvelle. En effet, Didier Daenincks (dont les quatre romans mettant en scène son fameux inspecteur Cadin sont réédités chez Omnibus sous le titre générique « Mémoire Noire ») a eu l’idée de scénariser ce qui est, sans aucun doute, l’un des meilleurs polars de ces quinze dernières années (paru en 97) : « Dernière station avant l’autoroute », le roman d’Hugues Pagan, un ex-flic cabossé par son ancien métier reconverti dans l’écriture. Ce livre remarquable, illustré par Mako, devient donc une bande dessinée d’une centaine de pages publié chez Casterman-Rivages noirs. Un ouvrage qui se doit d’être rangé en bonne place dans nos bibliothèques. Et puis, on peut se faire aussi plaisir avec « Jusqu’à ce que mort s’ensuive » un roman policier signé Roger Martin qui met en scène un grand gaillard blond, un gendarme affecté dans une section de recherche judiciaire et qui a la particularité de collectionner les autographes de son auteur préféré… Didier Daenincks. « Jusqu’à ce que mort s’ensuive » est publié aux éditions du Cherche Midi. Enfin, compte tenu de la notoriété de l’auteur on ne peut pas passer sous silence « Avec des mains cruelles » le dernier livre de Michel Quint. Hélas, ce roman déçoit. Si le style de Quint est toujours aussi fluide et continue de nous apporter de belles joies de lecture l’histoire de ces « mains cruelles » est une resucée des récits précédents : une prise d’otages dans un lycée lillois, une maison abandonnée, la disparition d’une jeune femme, un journaliste réputé pour ses enquêtes aussi scabreuses que difficiles et qui, décédé, laisse en héritage ses archives personnelles, deux apprentis détectives qui les fouillent avec l’espoir de découvrir une vérité historique ; un tout assaisonné de nostalgie libertaire et de rêves pacifistes, d’une allusion à Bonnot et à sa bande et de quelques salauds wallons, des nazillons adeptes du négationniste Léon Degrelle, journaliste, écrivain et promu, en 1944, SS-Hauptsturmführer. Bref, « Avec des mains cruelles » –c’est paru chez Joëlle Losfeld – n’est qu’un roman supplémentaire à ajouter à la bibliographie de Michel Quint qui ne semble toujours pas être revenu de son succès formidable (et justifié) qu’il a connu en 2003 avec « Effroyables jardins ».

Eric Yung.

vendredi 20 mai 2011

ARCHIVES : Chroniques BSCNEWS Magazine. Avril 2011 –




« L’honorable société » par Manotti/Doa Editions Série Noire (Gallimard) , « Des petites fleurs rouges devant les yeux » de F.H Fajardie aux éditions Fayard et « Sherlock Holmes et le mystère du Palio » de Luca Martinelli aux éditions Joëlle Losfeld.

Il y a quatre décennies, le roman policier s’est, par la force des événements politiques d’une époque, éloigné –plus ou moins- de ses ressorts classiques pour s’orienter, franchement, vers la critique sociale. Une métamorphose qui a débuté à la fin des années soixante, début soixante dix, avec des écrivains tels Amila, Manchette, Fajardie, Bauman, Jaouen, Villard, Delacorta, Daenincks, Pouy et beaucoup d’autres pour devenir un genre : le néo-polar. Ces auteurs, presque tous venus de la gauche prolétarienne et des mouvements libertaires, poussés par le vent de la révolte de mai 68, ont choisi de s’emparer du roman policier, d’en gommer le manichéisme parfois moralisateur, pour se concentrer sur le mal-être d’une société rongée par les dérives du capitalisme et du libéralisme dont les héros, plus ou moins désabusés, se meuvent dans un monde asservi par les classes friquées et dominantes. Le néo-polar a, très vite, connu le succès populaire et envahi les rayonnages des librairies et des bibliothèques. Depuis, quarante années ont passées. Alors, qu’est-ce qu’un romancier d’aujourd’hui pouvait bien écrire après « L’affaire N’Gusto », « Nada », « Booldy Mary », « Tueurs de flics », « Métropolice », « La vie duraille » etc. ? On pouvait croire que le néo-polar avait exploité son filon jusqu’au dernier mot. Ainsi, récemment, Jérôme Leroy, professeur de littérature et auteur de nombreux « romans policiers d’anticipation » a écrit, dans la « Revue Générale de Belgique », sous forme de constat : « Le problème est que le néo polar n’est plus très néo et a tendance à s’épuiser, faute de se renouveler. L’antifascisme affiché a souvent chez les successeurs et les épigones actuellement en activité de Manchette pris l’allure d’une posture commerciale plus que d’un engagement de fond ». L’observation est juste. Mais, c’était sans compter sur Dominique Manottti et DOA qui, en mars dernier, ont publié « L’HONORABLE SOCIETE » (paru dans la série noire chez Gallimard). Un livre qui relance ce genre littéraire à part entière et le modernise. En effet, le roman nous projette dans la France actuelle. Et les événements qui nourrissent la trame du récit sont pareils à ceux que nous trouvons chaque jour dans la rubrique des faits-divers, dans les délibérations des chambres correctionnelles, parmi les scandales publics dont les acteurs sont des financiers sans lois, des politiques parvenus, des journalistes serviles, des fonctionnaires corrompus et tutti quanti. Tous des gens qui vénèrent le veau d’or.

L’histoire racontée par Manotti et DOA s’étale entre les deux tours d’une élection présidentielle ; période qui titille sans doute le subconscient du lecteur puisqu’il a pour effet de le placer dans un espace qu’il connaît bien. Et, du coup, les éléments qui épicent le récit (cambriolage qui tourne mal, un vol d’ordinateur, un meurtre quasi-accidentel, des écologistes aveuglés, des témoins malgré eux, un flic de la crim’ bien trop malin pour être manipulé etc…) nous semblent bien connus tant la presse écrite et audio-visuelle nous rapporte, presque chaque jour, des faits forts analogues à ceux décrits par Manotti et DOA. Le réalisme de ce livre est si époustouflant qu’il nous ferait presque oublier que « L’honorable société » est une fiction. Un roman qui, fort habilement, construit sur un fond constitué du lobby nucléaire français, d’intérêts financiers, de contestations politiques vouées à l’échec, de magouilles et de crimes en tous genres, nous fait visiter les coulisses où se meuvent ceux et celles qui, par ambition aussi égoïste que personnelle, aspirent aux pouvoirs politiques dont, pour Pierre Guérin (personnage du livre), le plus haut d’entre eux : la présidence de la République.

« L’honorable société » est un livre très bien construit et fort agréable à lire et ce, malgré, peut-être, un style un peu sec qui rappelle trop, parfois, la stylistique des bibles des séries télévisées ou celle des synopsis cinématographiques. Il est vrai que « L’honorable société » était, avant de devenir un ouvrage de librairie, un scénario pour la télévision… Reste que ce roman est excellent et qu’il honore le polar français.





Chers lecteurs et lectrices, BSC NEWS MAGAZINE, vous invite maintenant, avec un tantinet d’insistance, à lire « Des petites fleurs rouges devant les yeux », un « poche » édité chez Fayard et publié dans la collection « La petite vermillon ». Ce livre est un recueil de trente trois nouvelles signées par Frédéric H. Fajardie. Fajardie est l’un des auteurs qui appartient à la génération du néo-polar, genre littéraire –s’il en est – auquel nous avons fait référence au tout début de cette chronique. Frédéric H. Fajardie a quitté ce monde il y a tout juste deux ans (c’était le 1er mai 2008). Il avait soixante ans. Or, comme l’écrivent Jérôme Leroy et Sébastien Lapaque, les deux romanciers signataires de la préface « Des petites fleurs rouges devant les yeux » et qui revendiquent publiquement l’influence que l’auteur de « Tueurs de flics » a exercé sur eux et leurs œuvres, affirment, avec raison, « qu’il convient aujourd’hui d’assigner à Frédéric H. Fajardie sa place dans l’histoire littéraire ». Or, cette anthologie démontre, par la quintessence des textes choisis, que « Fajardie fait de la nouvelle noire une technique de braconnage sur d’autres terres que celles du polar : autobiographie, écrit de combat, Polaroïd historique, réalisme magique, fantaisie surréaliste, utopie politique ». Et puis, Fajardie c’est du bonheur. Quel autre auteur aurait pu écrire une très courte nouvelle sur « Congo » un « tueur d’étoiles » ? Une histoire poétique qui débute par ces deux phrases simples, surprenantes et belles :

« C’était la vingt-septième nuit.

La vingt-septième nuit que « Congo », ainsi surnommé parce qu’il avait séjourné dans ce pays, tirait sur les étoiles ». Bref, c’est du Fajardie. Un grand écrivain qu’il faut vite reconnaître comme tant son écriture « procède d’une pure nécessité intérieure ».





Partons pour l’Italie et allons jusqu’à Sienne sur les traces du fameux détective anglais, le héros mythique de Conan Doyle et ce, grâce à Luca Martinelli qui fait paraître aux éditions Joëlle Losfeld son premier roman, un texte traduit de l’italien par Lise Caillat, qui nous raconte les aventures de « Sherlock Holmes et le mystère du Palio ». Le pastiche littéraire est un exercice difficile. Il est ici plutôt réussi. Si l’esprit de Doyle y est respecté Luca Martinelli a su avec bonheur -et par son habileté narrative – faire sortir la saga holmésienne des brouillards de Londres pour l’exposer sous le soleil de Toscane. Par ailleurs –et les admirateurs de Holmes n’en seront pas surpris – Lucas Martinelli nous révèle, sous forme d’avant-propos et dès la première page de son livre, que Sherlock Holmes n’est pas seulement sorti de l’imagination d’un feuilletoniste mais qu’il a bel et bien existé. La preuve ? L’auteur la fournit en nous confiant sa récente découverte. Ainsi, un jour que Luca Martinelli rend visite à son ami Dino, un chiffonnier âgé de quatre vingt seize ans et heureux propriétaire « d’un bric-à brac d’objets provenant des quatre coins du monde », à peine a-t-il mis les pieds dans sa boutique que celui-ci lui demande « en agitant sa main qui serrait un carnet à la couverture en cuir noir rongée par le temps : eh, toi qui as étudié, tu peux me dire ce que c’est qu’ce truc ? ». Et au narrateur de poursuivre ce qu’il a vécu à ce moment précis : « j’ai commencé à feuilleter le carnet et soudain j’ai blêmi. (…) C’est que je n’en crois pas mes yeux. Ceci est un carnet du Dr Watson, l’ami de Sherlock Holmes… » (…) « Je n’eus pas le courage de poursuivre, d’expliquer à Dino que Holmes avait réellement existé et que ce carnet renfermait, probablement, le récit d’une aventure jamais publiée. Je savais qu’il ne me croirait pas ». Luca Martinelli, selon ce qu’il nous écrit encore, aurait reçu, des mains de Dino, le fameux carnet en cadeau et, précise-t-il, « de retour chez moi, je m’assois dans mon fauteuil, ouvre le calepin et commence à parcourir les pages remplies d’une graphie minuscule. Ce que j’appris dépassait tout ce qu’on pouvait imaginer et espérer. C’est pourquoi, cher lecteur, conclut l’auteur de « Sherlock Holmes et le mystère du Palio » je vous transmets aujourd’hui ce carnet, afin qu’à votre tour vous puissiez connaître et apprécier l’histoire passionnante qu’il contient ». Ce texte est daté de juillet 2009. Comment pourrions-nous donc douter de la véracité du récit qui suit cet avant-propos ? Impossible ! En effet, si Watson a rapporté, au monde entier, la mort tragique de son ami détective (et une lettre de Holmes en fait foi) ce témoignage n’a été qu’un stratège. En réalité, Sherlock Holmes a affronté, à « visage découvert, sur le bord de la cascade de Reichenbach, le professeur Moriarty qui était un espion prussien et l’a tué » sur ordre des services secrets britanniques. Ensuite, Holmes a du, selon ses propres mots, « s’éclipser loin des regards du genre humain, a donc passé la frontière, s’est réfugié en Suisse quelques jours avant de rejoindre Milan, puis Bologne et enfin, le 12 mai, arriver à la gare de Sesto Fiorentino, une petite ville ouvrière à quelques milles de Florence, véritable but de son voyage ». Et c’est là que débute la nouvelle aventure de « Sherlock Holmes et le mystère du Palio », celle que nous raconte Luca Martinelli. Ainsi, Holmes est alors chargé de reconstituer, pour le compte de l’Angleterre, un réseau d’agents secrets. Une épopée en soi. Mais, Holmes ne serait plus Holmes, si ses pas ne le conduisaient pas sur les lieux d’un assassinat. Or, à Sienne, à l’époque du Palio, cette course fameuse de chevaux menée, depuis le XIV° siècle, galops battants, à travers les rues de la ville pour se terminer, sur la Piazza del Campo, un homme est tuée dans des circonstances mystérieuses. La police italienne soupçonne sérieusement un anglais, un certain Jérémy Winter, d’avoir commis le meurtre. Mais, des indices relevés par Sherlock Holmes lui font croire que son compatriote est innocent. Dès lors, l’enquête du détective imaginée par Luca Martinelli, se révèle digne –pour un premier roman du genre- des ténébreuses intrigues du maître du 221 bis Baker Street. « Sherlock Holmes et le mystère du Palio » offre un bon moment de lecture.
ERIC YUNG

mercredi 4 mai 2011

ARCHIVES CHRONIQUES DE BSCNEWS MAGAZINE~~

2011 10 janvier.

BSCSNEWS MAGAZINE.

- « DASHIELL HAMMETT » aux éditions Omnibus. L’intégrale des nouvelles.
- « FBI » de Fabrizio Calvi. Editions Fayard.
- « FIN DE SERIE » de Christian Rauth. Editions Michel Lafon

- C’est « Une véritable mine d’or » écrit Richard Layman en préface de « Coups de feu dans la nuit », le livre qui rassemble l’intégralité des nouvelles de Dashiell Hammett écrites entre 1924 et 1961 et sorti en librairie il y a quelques semaines. Et en effet, si nous faisons fi du plaisir immédiat et certain de la lecture suscité par les intrigues de celui qui est –dit-on souvent - « le père fondateur du roman noir moderne » et que nous nous intéressons au travail de fond de Hammett, ce recueil est « comme un coffre au trésor » et « fournit la matière brute de ses écrits, celle qui nous permet d’apprécier à sa juste mesure ce que fut son accomplissement littéraire (…)il correspond, aussi, au carnet de notes d’un écrivain. Il montre comment, de la première à la dernière nouvelle, Hammett malaxait ses intrigues, développait ses personnages et affinait sa technique d’écriture ».
Aimer le polar c’est aimer les belles-lettres. Or, cette acceptation intellectuelle permet ici, avec Hammett et grâce à la collection « Intégrale » de chez Omnibus, de mesurer à quel point le « Noir » est profondément littéraire. Un genre –s’il en est – qui exige de ses créateurs, en plus du respect des règles narratives classiques et générales, un sens aigu de l’observation des choses de la vie quotidienne (pour ne pas dire ordinaire) et d’en relever les détails qui, instillés avec rigueur dans une phrase, donneront à l’action sa tension dramatique si particulière. Ce recueil est, sans doute avant tout, l’occasion de découvrir un grand écrivain et son travail. D’ailleurs, André Gide, au début des années quarante, ne s’y est pas trompé. C’est lui qui a permis à Hammett, dès ses premiers romans, d’être édité chez Gallimard et ce bien avant la naissance (en 1945) de la célèbre « Série Noire ». Par ailleurs, et l’ensemble des nouvelles réunies sous le titre « Coups de feu dans la nuit » nous le confirme : Dashiell Hammett est un « auteur social » ; il est un peu l’un des enfants de Victor Hugo. Il a, bien avant d’autres écrivains américains, ancré ses histoires dans l’environnement du petit peuple pour extirper de la misère quelques « durs à cuire » qui feront, le « Hard-boiled School » selon l’expression consacrée des biographes qui ont défini l’œuvre de Hammett. C’est ainsi que le grand Raymond Chandler a pu écrire que « Dashiell Hammett a sorti le polar de la Vénétie pour le jeter dans la rue ». Et puis, ces nouvelles nous disent aussi que leur auteur a, pareil à Hugo justement, « utiliser les techniques du roman populaire en les amplifiant et subvertit les genres en les dépassant » . Il n’est donc pas étonnant – et c’est dire la qualité stylistique de Hammett - que des écrivains tels qu’Hemingway et Simenon aient revendiqué publiquement l’influence de l’ancien détective privé. Pour preuve, et par exemple, ce court extrait de la première nouvelle de « Coups de feu dans la nuit » titrée « Le barbier et sa femme » :
- « Louis Stemler, ignorant la sonnerie (du réveil), sautait du lit et allait se planter devant la fenêtre ouverte. Il inspirait, soufflait, avec force étalage de plaisir, surtout en hiver, et prolongeait cette station à la fenêtre ouverte, jusqu’à ce que son corps soit gelé sous son pyjama. (…)
Pendant ce temps-là, Pearl avait éteint la sonnerie et refermé les yeux en faisant semblant de dormir».
« Coups de feu dans la nuit » est un livre qui enchantera, bien sûr, tous ceux qui admirent Dashiell Hammet mais aussi tous les les amoureux du style et les curieux de l’alchimie littéraire.





Evoquons l’Amérique encore ! Avec « FBI ou l’histoire du bureau par ses agents », un livre de huit cent pages signé Fabrizio Calvi, nous plongeons, comme il ne nous a jamais été permis de le faire jusqu’à aujourd’hui, dans les eaux bouillonnantes d’une grande partie de l’histoire des Etats-Unis. Cet ouvrage cosigné avec le réalisateur de documentaires David Carr-Brown et paru chez Fayard a fait, en tout début de l’année 2010, l’objet d’une série télévisée diffusée en cinq épisodes. Et qui connaît Fabrizio Calvi sait qu’il est un grand connaisseur des affaires criminelles internationales et des services secrets du monde entier. Le sérieux et la rigueur du travail de ce journaliste n’ont jamais été mis en cause. Des qualités professionnelles qui permettent d’affirmer que « FBI ou l’histoire du bureau par ses agents » est plus qu’une somme impressionnante d’informations. Ce livre est un dossier très complet sur le bureau fédéral et il est aussi, par sa forme et son contenu, le résultat d’une véritable enquête historique (elle a duré trois ans) sur une institution judiciaire qui, dès sa création –et c’était en 1908 – a pesé sur les politiques successives de la société américaine. De la révolte des indiens et de leur concentration dans des réserves (1920) pour, ont dit alors les colons, « les aider et les assister », aux attentats du 11 septembre 2001 en passant par le maintien de l’ordre chez les Inuits, l’assassinat de Kennedy, l’affaire du Watergate et la démission provoquée du président Nixon, et encore par l’élimination des pilleurs de banques des années d’avant-guerre, l’exécution des époux Rosenberg, la désorganisation du Ku Klux Klan, l’infiltration de la mafia, la naissance des « profileurs » face au phénomène grandissant (dès les années 60) des tueurs en série sans oublier l’opération « Cointelpro » ayant pour but de discréditer les organisations politiques dissidentes etc… « FBI » de Fabrizio Calvi est un récit d’aventures racontant l’épopée séculaire des agents, parfois très spéciaux, de la plus grande organisation étatique au monde chargée de lutter contre le crime et l’espionnage intérieur. Si Fabrizio Calvi reprend, quasi une par une, les plus grandes affaires politico-judiciaires qui ont, parfois, ébranlé le monde, il nous donne souvent, à travers elles, une vision nouvelle du rôle tenu par le FBI dans la géopolitique internationale ? Par ailleurs cet ouvrage nous montre –et cet aspect du document est fort instructif - l’évolution du bureau fédéral. Au fil du temps, au gré des nécessités face aux nouveaux dangers visant les démocraties occidentales, le FBI a multiplié ses compétences et ses services. Aujourd’hui, l’institution qui distingue plus de deux cent catégories de crimes fédéraux a aussi en charge le contrôle de la médecine légale, l’anti-terroriste, le contre-espionnage et le crime informatique.







Retraversons l’Atlantique, revenons dans l’hexagone et rendons nous à Marseille pour une « Fin de Série ». « Fin de série » ? C’est le titre d’un polar signé Christian Rauth, auteur plus connu du grand public par son métier de comédien et de scénariste que par l’écriture de romans policiers. Remarquons cependant, que Christian Rauth, a déjà commis, (avant Fin de Série) à la demande de Jean-Bernard Pouy, « La Brie ne fait pas le moine » un « Poulpe » édité en 1999 chez Baleine. C’est dire si Rauth a la plume noire qui le démange. On ne serait donc pas surpris qu’il continue à s’exprimer dans la veine du roman policier d’autant que « Fin de série » est plutôt réussi. Ce livre est presque passé inaperçu lors de sa parution en juin 2010. C’est dommage ! Il est vrai que l’éditeur, Michel Laffon, plus connu pour la publication de biographies souvent croustillantes de gens appartenant au monde politique et du show-business, bref au « people », n’incite pas, à priori, la critique littéraire à croire qu’il aurait pu produire un polar méritant l’attention. Or, « Fin de série » est un roman bien intéressant et ce pour plusieurs raisons. L’intrigue d’abord : de facture classique elle capte très vite l’attention des lecteurs que nous sommes et nous trimbale efficacement dans les méandres du récit. Et si les phrases manquent parfois de limpidité, qu’elles ne sont peut-être pas assez dépouillées pour donner plus de force à certaines scènes du roman, le style est néanmoins agréable. Ensuite, la connaissance de Christian Rauth -par la force des choses de son métier - du petit univers clos de la télévision et en particulier de celui des plateaux de tournages de séries policières, ajoute du piment à l’intrigue. C’est ainsi que les héros du roman (tous plus ou moins en quête de reconnaissance publique à défaut d’accéder à la célébrité) permettent à l’auteur de nous exposer, avec talent, des portraits de comédiens imbus d’eux-mêmes, paranoïaques et mégalomanes et qui, nous fait croire l’auteur –mais ce n’est qu’une fiction ! - seraient assez proches de la réalité concernant la personnalité de beaucoup de gens de la télévision. Bien sûr, ces ingrédients narratifs, constituent une excellente matière pour un polar. Jalousies, intrigues, argent et célébrité… sont des mobiles bien connus qui conduisent au meurtre. Alors, lorsque le metteur en scène de la série hurle « moteur » pour filmer Eddy Orlo, l’acteur principal et interprète du commissaire Monti qui, pour les besoins du film, se fait dessouder au calibre 9 par Lucas Kalou, tueur occasionnel qui retourne ensuite l’arme contre lui, tout le monde se félicite de la véracité de l’action. Les acteurs sont formidables évidemment ! L’interprétation est magnifique. Et le réalisateur frise obligatoirement le génie. On applaudit sur le plateau. Mais alors, pourquoi Eddy Orlo et Lucas Kalou ne se relèvent-ils pas ? Et pourquoi le résiné s’écoule de la poitrine des deux acteurs et se répand sur le sol ? Parce que Orlo et Kalou sont morts, pour de vrai. Le pistolet de pacotille chargé à blanc a été remplacé par une arme bien réelle. Que s’est-il passé ? Qui est le tueur ? Pourquoi ce double meurtre ? Mystère ! C’est, en tous cas, le tout début de « Fin de série » le polar signé Christian Rauth que l’on a grand plaisir à lire.


samedi 30 avril 2011

POLARS & ROMANS NOIRS ~~ CHRONIQUES ERIC YUNG tirées des numéros parus de BSCNEWS MAGAZINE.

Polar : Deux mamies et une pin-up


SAMEDI, 12 MARS 2011 09:05 LE COIN DES LIVRES - LES POLARS


Par Eric Yung - BSCNEWS.FR / La lecture d’un bon polar – et chacun l’a remarqué - provoque souvent un étrange sentiment : appartenir à l’histoire que nous raconte l’auteur. En effet, il arrive que, emporté par l’action et ce quelquefois dès les premiers mots du livre, on s’identifie à tel ou tel personnage du récit. Evidemment cette étrange manifestation est l’un des signes qualitatifs de la réussite narrative. Il n’empêche : c’est terrible parfois !
Il en est ainsi de "Un jaguar sur les toits" de François Arango.

Carmen est une vieille dame, la fidèle servante de Daniel Lombardo Castillo, homme très riche, patron d’un « gros laboratoire américain » installé à Mexico. Or, Castillo a disparu depuis trois jours. Carmen est seule dans la grande demeure familiale des Castillo « close de murs de briques rouges » surmontées de « tessons de bouteille plantés dru comme des chevaux de frise » et d’un « fil barbelé tortillé comme une vigne » lorsqu’un môme, fringué d’un pantalon affalé sur des baskets mal lacées et d’un polo dégoulinant de sueur, vient lui apporter une boîte métallique hermétiquement close et « foutrement glacé ». Alors, dès maintenant, imaginez, chers amis de BSCNEWS Magazine, que vous êtes dans la peau de Carmen, la domestique dévouée depuis près de vingt cinq ans à son cher monsieur Castillo. Que ressentiriez-vous lorsque, après avoir ouvert la boîte métallique dont l’intérieur « est capitonné de glace » et que vous la teniez toujours dans vos mains, si vous vous trouviez devant « cette… chose que, de prime abord, il est impossible d’identifier » mais qui est « une sorte de pièce de viande oblongue, recouverte de givre » ? Il est fort probable que, pareille à la fidèle Carmen, vous vacilliez, qu’assommé par le choc de votre découverte vous tentiez de vous « rattrapez au chambranle de la porte » et qu’après avoir posé sur le banc du jardin, sous le soleil, « la boîte béante » qui contient « une pièce de viande, du muscle pour être clair » vous vous réfugiiez dans la maison. Mais ce n’est pas fini. Quelques minutes ont passé. Vous avez repris vos esprits et tout comme Carmen vous surmontez votre frayeur et retournez voir l’intérieur de la boîte métallique. Et là, de nouveau le cauchemar. Pourquoi ? Parce que « le soleil a fini de faire fondre la glace » et, devant vos yeux et de ceux de Carmen, « un morceau de chair pantelante se contracte, avec une lenteur de métronome, à demi recouvert par une eau rougeâtre. Revenu à la température ambiante, le cœur de Daniel Lombardo Castillo bat. Seul. Avec la régularité mécanique des pulsations électriques qui persistent, comme une ultime survivance, plusieurs minutes après la mort ».
« Le jaguar sur les toits » nous entraîne au cœur du Mexique (un pays que l’auteur connaît bien pour y avoir fait ses études), nous en fait découvrir sa culture et nous invite à un voyage initiatique parmi les traditions aztèques. L’irritable commissaire de police chargé de l’enquête sur la mort de Castillo, un flic aidé dans sa tache par un étrange anthropologue, un suspect, sorte de gnome boiteux au corps déformé et tous les autres personnages du livre ajoutent de la force à une histoire aussi passionnante que haletante. François Arango a plutôt bien réussi son « Jaguar sur les toits » même si, l’écriture est parfois alourdie par l’excès d’adjectifs qualificatifs et un style quelquefois trop lyrique. Reste, et c’est certain, que le premier roman de François Arango est un polar à découvrir.





Il y a chez les « gonzesses » de la romancière Megan Abott, qui signe aux éditions du Masque « Adieu Gloria », une délicieuse perversité faite de cruauté féminine mâtinée d’un charme, à peine discret, d’érotisme. Le langage argotique de la pègre new-yorkaise, l’époque de l’histoire située dans les années cinquante, l’univers crasseux des cercles de jeux et leurs arrières salles clandestines occupées par des demi sel aux services de caïds donnent à ce thriller, peu banal, une allure un peu désuète pour mieux imposer son efficacité. C’est cela, en effet : Megan Abbott a écrit un roman noir efficace ! Le récit développe, avec beaucoup de subtilité, les personnalités de deux dames du « mitan ». L’une, prénommée Gloria, « a des jambes d’une danseuse de revue de vingt ans à Vegas, trente mètres de long, avec juste ce qu’il faut de courbes, d’élasticité et de promesses ». L’autre, « la petite » qui est la « cadette de Gloria de deux décennies » a aussi « une jolie silhouette et une frimousse à faire rêver les anges » mais elle ne sait pas grand-chose de la vie ; elle a tout à apprendre et c’est Gloria qui devient son pygmalion. Gloria et la petite : un duo de femelles prêt à en découdre avec les mâles qui sont tous « des bons à rien, des cyniques, des flambeurs, des zozos, des caves». Pour les deux femmes l’avenir est devant elles, la réussite sociale est simple à conquérir tant les garçons, qui tiennent les rênes des jeux clandestins des bastringues du quartier Est de la ville, sont tous pareils : ils frémissent au froufrou d’un jupon, se laissent emporter par leur virile vanité. Il suffit donc de les séduire pour connaître le succès financier. Mais, c’est bien connu, l’imprévu donne toujours rendez-vous aux projets trop bien huilés. Et l’imprévu a une gueule de minet et se donne des airs d’Hidalgo. Il se prénomme Vic. La petite en tombe « raide dingue ». Gloria en veut à sa protégée mais c’est l’amant qui trinque. Tant pis pour lui. Il est tué et, après un période post-mortem de quelques jours enveloppé dans un sac de jute, il est enterré en rase campagne, à vingt bornes de la ville. Pelle à la main c’est la petite qui creuse la tombe devant Gloria : « Le souffle court, les bras tendus, l’air lourd et humide emplissant ma bouche à demi ouverte, dans laquelle le vent fait entrer des particules de terre et de saleté. J’ai l’impression d’avoir tout le corps recouvert d’une couche de puanteur, de cette matière putride qui le recouvre, de tout ce qui s’est écoulé de lui (…) dans tout ce j’absorbe à chaque respiration infecte. Tout cela c’est Vic, enfin c’était ce que nous avions fait de lui (…) ».

Pour résumer l’esprit du récit : « Adieu Gloria » raconte un peu la vieille histoire de Faust. Vendre son âme pour connaître la richesse et une vie de plaisirs ? La petite est prête à le faire. Mais le diable ici, dans le roman Megan Abott, n’est pas Méphistophélès. Il s’appelle Gloria. Et c’est pire.




Intéressons-nous maintenant à Georges-Jean Arnaud. Tous les amoureux du polar connaissent son nom qu’il ne faut cependant pas confondre avec Georges Arnaud, l’auteur du « Salaire de la peur ». G.J. Arnaud est âgé de 83 ans. Et, pour bien le situer, il suffit de se souvenir qu’il a été surnommé « le forçat de l’Underwood » pour avoir, à la demande de ses éditeurs, écrit presque jours et nuits et ce, durant des années. Un travail titanesque qui l’a obligé quelquefois –pour tenir le coup et selon ses propres confidences- à absorber des substances chimiques aujourd’hui interdites par la loi. Reste que l’œuvre –puisqu’elle en est une ! – de G.J Arnaud est considérable. Sans pouvoir être précis ses biographes estiment qu’il a signé de son nom mais aussi sous 20 pseudonymes différents 400 titres et sans doute même un peu plus. Romans policiers, d’espionnage, fantastiques et érotiques, quelques fictions régionalistes… tous des ouvrages aujourd’hui recherchés par les collectionneurs. Il ne faut pas omettre –pour être au plus près de la réalité arnaudienne de signaler « La compagnie des glaces », un feuilleton dont les épisodes ont été regroupés en 62 tomes. Et, pour dire encore la fébrilité créatrice de cet auteur exceptionnel, il a aussi signé une bonne vingtaine de scénarios de films pour le cinéma et la télévision sans oublier les deux pièces de théâtre. Ainsi, pour les éditions Plon et sa récente collection « Noir Rétro », dont BSC NEWS MAGAZINE vous a déjà parlé, il était inévitable de rééditer au moins un roman de G.J. Arnaud. Il s’agit de « Noël au chaud », un polar paru pour la première fois en 1979 aux éditions Fleuve Noir. Le critique fameux et érudit de la littérature policière, Michel Lebrun, a écrit au sujet de G.J Arnaud qu’il est « avant tout un regard porté sur la société française ». Et c’est bien le cas avec « Noël au chaud ». L’histoire que nous raconte le « forçat de l’Underwood » est celle d’une vieille femme, Raymonde Mallet qui « lorsqu’elle passait sur la route, tirant sa poussette à provisions derrière elle, n’imaginait que des regards la suivant d’une maison à l’autre, que des femmes à l’affût derrière leurs rideaux, qui hochaient la tête avec un mélange de pitié et d’irritation, surveillant sa démarche déhanchée depuis cette fracture du col du fémur l’année dernière ».

Raymonde, veuve, âgée de 76 ans, habite un village de Provence et occupe une maison bien trop grande pour elle que beaucoup de gens rêvent de récupérer. Pour en faire quoi ? La détruire et construire à sa place un lotissement qui rapporterait à la commune beaucoup d’argent. Mais Raymonde est attachée à sa demeure, lieu où elle a passé une grande partie de sa vie et partagé, avec son mari, des longs moments de bonheur. Alors, vendre sa maison ? Jamais. Un entêtement qui contrarie les voisins de Raymonde : eux étaient prêts à céder leurs vieilles bâtisses et leurs terrains pour profiter de l’argent des promoteurs immobiliers. Dès lors, (et c’est tout le talent de G.J Arnaud) l’auteur nous plonge dans l’univers d’une petite commune située près de Toulon, microcosme humain où, depuis des lustres, ce sont concentrés les rancœurs, les jalousies et les haines. Pour faire partir Raymonde, pour qu’elle abandonne sa maison, tous les coups sont permis. Mais la vieille dame résiste. Raymonde n’est pas une gentille mamie. Elle va se battre, bec et ongles, pour garder son bien. Dès lors, G.J Arnaud nous tisse une intrigue criminelle remarquable. Le style dépouillé, la limpidité narrative, la clarté de l’intrigue, la description des sentiments humains avec des mots dont l’efficacité fait ressembler le texte à une peinture en clair-obscur, font que « Noël au chaud » est un superbe et cruel roman.





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Et deux romans noirs surgissent du passé

La tendance est au « vintage » paraît-il. Nous aurions donc besoin (enfin, plus ou moins) de retrouver de l’authentique qui fut à la mode avant la décennie 80. Est-ce la raison qui a conduit les éditions Plon à lancer la collection « Noir Rétro » ? Peut-être. « Rictus » de Jean-Pierre Ferrières et « Fratelli » de Jean-Bernard Pouy, illustré par Joe G. Pinelli.

En tous cas, depuis juillet dernier et grâce à elle, une belle opportunité nous est donnée : relire ou découvrir des écrivains de l’hexagone qui ont, en leur temps, honoré le polar français. Les trois premières parutions ont consacré : Auguste Le Breton, Brice Pelman, André Héléna et Pierre Lesou. Et, aujourd’hui, c’est au tour de Jean-Pierre Ferrières de revenir à la une de l’actualité éditoriale et ce, avec la réédition de « Rictus ».
Les plus jeunes lecteurs et lectrices du BSC NEWS ne connaissent peut-être pas cet auteur qui a signé, depuis 1957, une centaine de romans sans oublier les dizaines de scénarios pour le cinéma et la télévision, une comédie musicale et quelques chansons. L’occasion de connaître (ou de mieux apprécier) l’œuvre de ce romancier talentueux est donc offerte. Et c’est tant mieux ! En effet, la virtuosité narrative de cet auteur lui permet de parler des choses familières de l’existence, de ces événements anodins et a priori insignifiants mais qui recèlent pourtant les ingrédients du drame à venir. Jean-Pierre Ferrières le reconnaît : « tous mes personnages pensent que la vie est lamentable et qui, a un moment donné, selon les circonstances du hasard, sont amenés à changer complètement de vie mais souvent pour le pire ». Il en est ainsi dans « Rictus » ce roman qui a été publié pour la première fois, en 1972, aux éditions « Fleuve Noir ». L’histoire est simple, enfin le croit-on en son tout début. Mathieu Collard, 34 ans, employé aux écritures dans une cartonnerie est plutôt un homme heureux. Père d’un enfant, il est marié à Jeanne, une jolie jeune femme. Mathieu, homme honnête, a toujours trimé pour donner à sa famille du bien-être. Et puis, un jour, son médecin lui apprend qu’il est gravement malade : un cancer. Ses jours sont désormais comptés. Dès lors, Mathieu s’inquiète pour son épouse et son fils. Quel sera leur avenir ? Qui paiera les traites de la maison ? Que va devenir Jeanne qui a arrêté de travailler pour élever le petit ? Il se doit de trouver de l’argent. Mais comment ? La solution lui est proposée par l’assistante de son médecin traitant : rendez-moi service lui demande-t-elle, tuez un homme pour moi. Vous serez bien payé.

Mathieu accepte de devenir un tueur. Il commet le meurtre et reçoit son argent.

Jusque là, reconnaissons-le, il n’y a que de l’ordinaire. Ce sujet, celui d’un homme malade qui n’a plus rien à perdre, prêt à faire n’importe quoi pour changer la vie de ses proches, a été traité des centaines de fois dans la littérature. Mais Ferrière est un auteur facétieux : son intrigue ne fait que débuter. En effet, tandis que la famille de Mathieu est maintenant à l’abri des soucis financiers… c’est le drame. Un accident de voiture : Jeanne et François, le petit garçon, sont tués sur le coup. Matthieu n’est que légèrement blessé. Il est conduit à l’hôpital et apprend ce jour-là qu’il n’a pas de cancer, qu’il n’en a jamais eu. Mathieu comprend alors qu’il a été manipulé par son médecin traitant et son assistante. Que se passe-t-il maintenant ? Chut ! Pour le savoir, il faut lire « Rictus » de Jean-Pierre Ferrières, un très bon roman populaire qui sait entretenir le suspens jusqu’à sa dernière page.






Autre livre venu du passé : « Fratelli », un court roman de Jean-Bernard Pouy, illustré par Joe G. Pinelli. Publié une première fois très discrètement en 2006 chez Estuaire, une maison belge, ce livre revient sur les étagères des librairies via les éditions J.C Lattès. Et quel bonheur ! Pouy nous démontre (s’il en était besoin) qu’il n’est pas seulement le libertaire-humoriste créateur du « Poulpe », père de Gabriel Le Couvreur ou celui de Pierre de Gondol le libraire enquêteur, l’auteur (entre autres ouvrages) de la trilogie « Spinoza encule Engel ». Non ! Ici, avec « Fratelli » Jean-Bernard Pouy s’impose : c’est certain, il est un grand romancier.

« Fratelli » raconte l’histoire de deux frères, Emilio et Ercole, nés en Sicile. Elle débute au tout début du XX° siècle et rebondit en 1946, à New-York, exactement dans le quartier de « Little Italy ». Si Ercole s’est expatrié au pays de l’oncle Sam durant l’été 1906 ce n’est pas pour y faire fortune. Ercole « a fui, protégé par le code familial, exilé de force, après avoir tué sauvagement Roberto, sous un des oliviers de la colline de Sant’Ambrogio, de trois coups de couteau ». Et Emilio, qui a toujours gardé « cette lame ou était inscrite la permission d’entrée aux limbes : Che la mia ferita sia mortale » (…) en creux noirâtres, sans doute encore remplis du sang séché de son jeune frère » a attendu quarante ans pour traverser l’Atlantique. Il a fini par le faire parce qu’il devait « honorer définitivement la tombe » de son cadet (…) « pour la détruire de l’intérieur, casser le bois du cercueil, déchirer le suaire et libérer l’âme de Roberto, enlevé, comme on dit, à l’affection des siens et des proches, à l’âge maudit de dix-huit ans ». Emilio a quitté son île pour la grosse pomme. Il est donc monté à bord du paquebot le « Savona Ligure » et a débarqué à South Street Seaport . A peine les pieds posés sur le quai numéro vingt-neuf « il tenta de se souvenir de l’odeur du jasmin qui s’échappait des cours emmurées, de celle de la sambucca qui imprégnait les tables de bois du café, pour ne plus penser à ce parfum d’acide froid qui émanait d’un fleuve aussi glauque que la pisse d’une vache malade ». Emilio est à New-York. Il y est venu pour retrouver son frère et ce au nom de l’inéluctable vengeance. Jean-Bernard Pouy narre ce récit avec des phrases sobres, dépouillées. Pouy ne s’égare pas dans des descriptions complexes. Il décrit et il peint et cela suffit. Ses mots nous disent avec justesse ce qu’est vraiment « le bleu du ciel de Sicile » et « le bruit de la Ville. Cette énorme et moderne rumeur. Plus menaçante que le fracas d’un milliard de cigales ».

Certes, l’intrigue est bien menée et les lecteurs que nous sommes sont impatients de tourner les pages pour connaître la fin de la tragédie « Fratelli » et l’on pourrait se réjouir de lire un roman réussi. Mais plus que ça : ce livre est beau et notre plaisir de lecture n’en est que plus fort et plus dense. Par ailleurs, les illustrations, dessins sombres et pudiques de Joe G. Pinelli, ajoutent non seulement de l’esthétisme à cet ouvrage présenté en format de poche mais il lui donne aussi la mesure de ce qu’il est : puissant.





1 - Pour les rééditions respectives de : Du rififi chez les femmes, Attention les fauves, Le Demi-sel et le Doulos.

lundi 18 avril 2011

"UN SILENCE COUPABLE" roman d'Eric YUNG TRADUIT EN ROUMAIN".


"UN SILENCE COUPABLE" est d'abord paru aux éditions du Cherche Midi.

dimanche 17 avril 2011

BREVE INCITATION A RELIRE "VOYAGE AUTOUR DU MONDE EN 80 JOURS" de J.Verne.

JULES VERNE et son « TOUR DU MONDE EN 80 JOURS ».
Si vous aimez flâner sur les quais de la Seine ou dans les brocantes ou encore traîner vos guêtres parmi les vieux livres d’une librairie spécialisée vous trouverez peut-être, avec un peu de chance, un des livres de Jules Verne publié aux fameuses éditions Hetzel. Il vous faudra, disais-je un peu de chance mais aussi beaucoup d’argent tant ces ouvrages sont recherchés. Après tout qu’importe, enfin si on en a les moyens ! Ce qui est important pour les lecteurs passionnés que nous sommes c’est de lire ou relire Jules Verne ! On est toujours surpris. Surpris par ses récits de voyages, surpris par ses connaissances géographiques, surpris par son art de la narration, surpris encore par ses savoirs sur des sciences qui, à l’époque où il a écrit, par exemple « Voyage au centre de la terre » étaient nouvelles et balbutiantes (la cryptologie, la paléontologie et la géologie pour ne citer que celles-ci). Surpris enfin par son audace lorsqu’il s’agit, par l’imaginaire, d’écrire des romans d’anticipation. Et parmi l’œuvre gigantesque de Jules Vernes (on lui attribue près de 80 livres) il est un roman qui mérite, j’en suis persuadé, d’être redécouvert : c’est le « Voyage autour du monde en 80 jours ». En effet ce roman partie intégrante de la collection des « voyages extraordinaires » a, au-delà des aventures vécues par Phileas Fogg et son fidèle serviteur Passepartout, une dimension universelle qui est, toujours aujourd’hui, d’actualité. Ainsi la découverte et le respect des cultures des peuples rencontrés au cours du voyage, les notions de temps et d’espace avec ses mystères et même les hypocrisies des politiques complices des pouvoirs de l’argent qui, d’un côté dénoncent les méfaits de la drogue et de l’autre encouragent sa diffusion parmi les populations les plus pauvres (En effet, Jules Verne fait allusion dans le Tour du monde en 80 jours au trafic d’opium dans le monde qui a été très longtemps entretenu par l’Angleterre).

Et puis enfin, cette lecture ou relecture, celle du Tour du monde en 80 jours, vous conduira comme seule la belle écriture sait le faire dans la magie de l’imaginaire de son auteur et dans les extraordinaires aventures de Phileas Fogg qui malgré de terribles péripéties commet la prouesse d’arriver, à l’heure juste, 80 jours après son départ, à son club anglais, le Reform-Club !

Eric Yung.









mardi 5 avril 2011

SUR LES TRACES DE PAUL LEAUTAUD.

UN LIEU UN ECRIVAIN – CHRONIQUE

"Il faut plaindre une époque de ne pas mieux comprendre l’esprit, de l’aimer si peu et de le supporter si mal." Paul Léautaud.


J’ose croire que Paul Léautaud est resté dans la mémoire collective des Courbevoisiens et Courbevoisiennes dont l'étrange (?) devise  est « CURVA VIA MENS RECTA » ce qui veut dire "Voie courbe et esprit droit" (selon le fils de l’empereur Hadrien 138/161) puisque l’auteur du « Petit ami » et surtout du « Journal littéraire » qui - faut-il le rappeler ? – a été écrit pendant 63 ans et compte 6500 pages, a habité, avec son père, au 3 avenue de la République ; c'est-à-dire presque à l’angle de l’avenue Marceau et de la rue Gauthier à Courbevoie.
En réalité, Paul Léautaud, né à Paris au 37 rue Molière en 1872, n’a pas gardé un très grand et bon souvenir de Courbevoie. Pourquoi ? Parce que le jeune Léautaud y a manqué d’affection. Raison pour laquelle il s’est vite libéré de la chape paternelle pour s’installer, avec sa nourrice, Marie Pezé, au l4 rue Clauzel dans le 9° arrondissement de Paris. Ils y ont occupé un tout petit logement que Léautaud, dans ses correspondances, a décrit ainsi : « Je revois parfaitement la petite chambre mansardée (…) que nous regagnions chaque soir vers les neuf heures et demie. (... ) Nous prenions un petit couloir obscur, qui jusqu’à l’escalier tournant d’une dizaine de marches au plus menait au sixième étage. La porte de la chambre était juste en face. Comme j’y étais bien dans cette chambre, et quelles heures tranquilles j’y ai vécues, bien plus heureux que dans les appartements paternels ! ». Un immeuble fréquenté par ce qu’il a appelé « les insoumises » ou les « fenestrières » c'est-à-dire les prostituées.
La silhouette un peu bancale de ce « clochard littéraire » était connue de tous les commerçants de la rue des Martyrs. Chaque jour, Léautaud, vêtu de haillons, la tête couverte d’un chapeau sans formes et dont le visage émacié aux petits yeux rieurs protégés par les verres de ses lunettes rondes, y déambulait. Chaque jour, il demandait au boucher, au charcutier, au boulanger et aux marchands des quatre saisons un peu de nourriture pour ses chiens et ses chats. Léautaud était un parisien du 9° arrondissement, « une région, a-t-il écrit, qui m’était la plus familière, celle où mes yeux s’emplissaient des images que je devais conserver toujours était celle qui est comprise entre les rues Notre-Dame-de-Lorette et Fontaine, les boulevards de Clichy et Rochechouart, et les rues Rochechouart et Lamartine ».
Reste que Paul Léautaud (pour pouvoir s’occuper de ses 300 chats, de ses 150 chiens, de son oie et de son singe renoncera à Paris pour s’installer, dès 1912, au 24 de la rue Guérard à Fontenay-aux-Roses. C’est là qu’il y finira sa vie.
Bref, pour une promenade littéraire vous pouvez –si vous le souhaitez- passer devant le 3 de l’avenue de la République à Courbevoie mais aussi vous rendre au musée Carnevalet où la chambre de Léautaud a été reconstituée.

Eric YUNG

Nota bene : On peut écouter les propos acerbes de Léautaud sur les écrivains de son temps. C'est un délice. Pour ce faire il suffit de se procurer l’intégralité des conversations qu’il a eu avec Robert Mallet. Des entretiens qui à l’heure du passage à l’antenne ont vidé, a-t-on dit, les rues de Paris et ont réuni les étudiants dans les bars du quartier latin. Par ailleurs, il est de notoriété publique que le général de Gaulle organisait son agenda pour ne pas rater Léautaud à la radio. Bref, sachez que ces fameux entretiens sont disponibles en coffret CD aux éditions Frémeaux.










Paul Léautaud.

samedi 5 mars 2011

HONORE DE BALZAC EST-IL LE PERE DU ROMAN POLICIER FRANCAIS ?


BALZAC : "UNE TENEBREUSE AFFAIRE"

 Balzac et sa fameuse « Comédie humaine » tout le monde connaît !  En revanche, combien de lecteurs savent que Honoré de Balzac a écrit un roman qualifié aujourd'hui de "policier" et qui a eu –au temps de sa publication - beaucoup de succès ? "Une ténébreuse affaire » serait donc le premier polar français !  La thèse est agréable à entendre mais elle n’est point –loin de là- établie formellement. En effet, si quelques universitaires disent volontiers qu’Honoré de Balzac est le père du roman policier français, une majorité d’historiens de la littérature lui dénient cette reconnaissance et ce, pour des raisons que l’on pourrait qualifier de purs académismes dont les règles ont été fixées par quelques spécialistes du genre. Que penser de cette recherche de légitimité sur un genre littéraire qui deviendra plus tard le polar ? C'est un débat intéressant, quelques érudits aiment à l'entretenir et l'enrichir et il est loin d'être clos.  Pour l'instant, retenons que tout le monde s’accorde à dire que c’est Edgar Poe, lorsqu’il publie, en 1841, « Le double assassinat de la rue Morgue » qui serait l’inventeur du genre policier tandis qu’Emile Gaboriau serait le premier écrivain français a avoir écrit de vrais romans policiers avec, en 1866, l’« Affaire Lerouge » et en 1867 « Le crime d’Orcival ».
Revenons donc à Balzac et à son fameux roman « Une ténébreuse affaire ». Si ce livre a connu un très grand succès lors de sa parution c’est qu’il a été inspiré de faits réels forts connotés par l’Histoire de France. En effet, Balzac a voulu –et de nombreux documents en attestent- percer, pour le décrire, ce que fut, à ses yeux, le mystère de la crise de Marengo, c'est-à-dire le complot qui, en 1800, devait destituer Napoléon afin qu’un triumvirat composé de messieurs de Talleyrand, Fouché et du sénateur Clément de Ris puissent prendre le pouvoir. Mais l’Empereur emporta la bataille de Marengo contre les autrichiens ; une victoire qui fit échouer la conspiration. Toujours est-il qu’au-delà de l’aspect historique de ce roman d’autres ingrédients narratifs le rendent passionnant. L’intrigue d’abord avec ce policier Corentin, âme damnée de Fouché, chargé d’enquêter sur les nobles impliqués dans le complot, un trésor caché dans une forêt, des trahisons, un enlèvement, des condamnations et une exécution capitale, du suspens et une chute inattendue puisque le ou les coupables et les « méchants » n’étaient pas ceux que le lecteur croyait.

Bref, si vous voulez vous régaler avec un roman de Balzac un peu oublié, lisez « Une ténébreuse affaire ». Sa lecture vous réjouira. Après, il vous restera , si vous le souhaitez, à dire sur ce blog si, selon vous, Honoré de Balzac est ou n'est pas le père du roman policier français ? 
« Une ténébreuse affaire » est aujourd’hui édité, en « poche ». C’est chez Gallimard dans la collection Folio.
Eric Yung.























lundi 28 février 2011

A L'OCCASION DE L'ENTREE SYMBOLIQUE D'AIME CESAIRE AU PANTHEON.

AIME CESAIRE / La décision officielle est prise : au printemps, dans le cadre de l'année dédiée à l'Outre-Mer, une plaque au nom d'Aimé Césaire, sera scellée au Panthéon. Une occasion de revisiter le grand poète, l'humaniste et l'homme politique père de la négritude.

Devant l'oeuvre d'un homme d'une si grande qualité, comment pourrait-on, aujourd'hui, ignorer l’écrivain, le poète, l’essayiste et le « politique » Aimé Césaire ? Si presque tout le monde connaît l’itinéraire exceptionnel de Aimé Césaire, ce Martiniquais né au sein d’une famille modeste de sept enfants le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, il faut peut-être -pour les plus jeunes d’entre nous - rappeler qui il est et surtout parler de son oeuvre.
L’œuvre de Césaire –et c’est qui en fait son originalité- est faites de philosophie et d’humanisme, de combats politiques et d’espérance, d’esthétisme et de création, de recherches et d’acquis, de connaissances et d'une farouche volonté de transmettre le savoir, d’actes de courage et de rébellion. Un tout soumis à sa propre critique et harmonieusement mis en forme. L'oeuvre d’ Aimé Césaire n’est pas la résultante d’une simple et ordinaire -sommes-nous tenté de dire- construction artistique. Non ! Chez Aimé Césaire, la construction artistique est devenue une œuvre parcequ'elle s'est nourrie de multiples disciplines intellectuelles et qu'elle s’est inscrite en cohérence avec l’action pour devenir une « pensée » ; une pensée élevée ici, chez Césaire, au rang d’universalisme.

Enfant et sitôt finie l'école primaire il bénéficie d’une bourse pour entrer en classe d’hypokhâgne au lycée Louis le Grand à Paris. Dès son premier jour de scolarité il rencontre Léopold Sédar Senghor avec qui il noue une amitié qui durera toujours. Il réussit le concours d’entrée de l’Ecole normale supérieure, sera agrégé de lettres et après avoir enseigné en Martinique il est l'élu de Fort de France et deviendra député communiste. Soulignons ici que cet homme de principe est l’un des très rares hommes politiques à dénoncer l’invasion de Budapest par les chars soviétiques. D'ailleurs, c'est à cette époque qu’il démissionne du Parti communiste français. C’était donc en 1956. Pour la petite histoire rendons à Césaire ce qui appartient à Césaire : c'est lui l'homme de la "départementalisation". En effet, la est un néologisme forgé, dès 1946, par Aimé Césaire. Par « départementalisation » le brillantissime Césaire a voulu remplacer le mot « assimilation », un mot ambigu - reconnaissons-le - lorsqu’il s’agissait de définir le désir des colons d’autrefois de voir les noirs antillais renier leur culture pour s’intégrer dans celle, historique, de la France. De même, c’est Aimé Césaire qui a inventé le concept de « négritude ». Une revendication culturelle ayant pour but de réfuter, à jamais, le racisme issu de l’idéologie colonialiste et ainsi revendiquer les racines africaines des antillais.
La « négritude » est devenue, avec le temps, une école de poésie dans laquelle se sont retrouvés les plus grands auteurs contemporains. C’est d’ailleurs grâce à la « négritude » que Césaire a été reconnu et aimé des surréalistes, qu’il a été admiré de Jean-Paul Sartre qui lui a préfacé son « Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache ».
L’œuvre littéraire d’Aimé Césaire ne comptent pas moins d’une dizaine de volumes de poésie, d’au moins quatre pièces de théâtre, de plusieurs essais et d’un livre d’histoire. Le poète Césaire est reconnu internationalement, une partie de son œuvre est enseigné aux élèves du monde entier, il a été l’ami de tous et respecté par les plus grands de ce monde. Enfin, pour dire sa tolérance et sa lucidité intellectuelle citons, pour terminer cette chronique, cette phrase (elle est tirée d’ « Une saison au Congo », c’est paru au Seuil) :
« Le crayon de Dieu lui-même n’est pas sans gomme ».

Aimé Césaire est mort le 17 avril 2008 à l’âge de 94 ans.

Eric YUNG

mardi 22 février 2011

CHATEAUBRIAND : DE PARIS A SAINT-MALO, UNE PROMENADE LITTERAIRE. ~~

CHATEAUBRIAND : UN FARFADET DE LA LITTERATURE.

François-René de Chateaubriand a vécu la seconde moitié du l8° siècle et la première du 19°. Né à St Malo le 4 septembre 1768, il est mort à Paris le 4 juillet 1848. C’était un homme politique mais son nom est surtout connu pour son œuvre littéraire et tout particulièrement pour « Les mémoires d’outre tombe ».

Partons ensemble dans ces rues de Paris qu’il a arpenté de long en large, entrons dans les immeubles où cet écrivain, à l’ego surdimensionné, a volontairement laissé des traces qui font, aujourd’hui, le bonheur des randonneurs littéraires. Les plaques de marbre qui portent son nom sont légions dans les rues de la Capitale. Grâce à elles on peut suivre Chateaubriand à la trace : il a fréquenté Madame de Staël au 64, rue de Lille, il a habité au 5, rue de Beaune, au 13 rue des Saints-Pères, au 25 rue de l’Université, il a acheté un pied à terre au 63 rue des Saints Pères, il a batifolé avec Hortense Allart dans une chambre située à quelques pas de chez lui, exactement au n° 32 de la même rue et a séduit la comtesse de Castellane au 67, rue de Grenelle. On trouve aussi un témoignage de son passage au 3 bis rue des Beaux Arts, un souvenir de son amitié avec Lacordaire. Et puis, ne l’oublions pas, lorsqu’il a été en disgrâce il s’est « réfugié » -et c’était en 1807- dans la maison dites de « La vallée aux loups » à Chatenay-Malabry. Il y est resté neuf ans. Cette demeure, aujourd’hui propriété du département des Hauts-de-Seine est ouverte au public. Enfin, Chateaubriand a terminé sa vie au 120, rue du Bac. On dit que c’est là qu’il aurait achevé les « Mémoires d’outre- tombe » commencées en 1803 sous le titre des « Mémoires de ma vie ». Une œuvre pensée et construite pour sa renommée posthume. En effet, si l’existence de Chateaubriand a été nourrie de dépaysements, de révolutions, de guerres, de rencontres avec des personnages historiques, d’amours romantiques et de quelques visions prophétiques, il a su, avec beaucoup de style, construire sa propre légende. Il a rendu fameuse sa rencontre avec Washington et en a usé pour ses propres intérêts politiques et il la rapporte, en détails, dans les « Mémoires d’outre-tombe ». Or, l’on sait aujourd’hui qu’elle n’a jamais eu lieu. Ce n’est pas faire injure à Chateaubriand que de dire qu’il a été une sorte de farfadet de la littérature. D’ailleurs, son espièglerie a fait écrire à Stendal « Juste ciel, que tout cela est faux, mais que c’est bien écrit ». Talleyrand lui, pour dénoncer la tendance mégalomaniaque du vicomte s’est exclamé devant la Cour : « Monsieur de Chateaubriand croit qu'il devient sourd car il n'entend plus parler de lui ». C’est dire, n’est-ce pas ?
Le vicomte François-René de Chateaubriand s’est éteint à Paris mais repose -comme il l'avait demandé de son vivant - à Saint-Malo, dans une tombe qui fait face à la mer. Une sépulture qu'aurait  profané Jean-Paul Sartre en urinant dessus ; c'est ce que rapporte, en tous cas, Simone de Beauvoir dans la "Force de l'âge".
Eric Yung.



samedi 12 février 2011

L'ANNONCE DE JULES VERNE FAITES AUX HOMMES DU 20° SIECLE.

 JULES VERNE OU UN EXTRAORDINAIRE ET ETONNANT REGARD SUR CE QUE SERA L'HOMME DU 20° SIECLE.
Réédition d'un roman moins connu que les autres : PARIS AU 20° SIECLE -


Bureau de Jules Verne dans sa maison du 2, rue Charles Dubois à Amiens.
 Jules Verne, chacun le sait, est natif de Nantes (il y est né en 1828). Après des études de droits mouvementées il s’embarque, à l’âge de 39 ans, pour les Etats Unis. A son retour en France il achète, dès 1868, un vieux bateau de pêche baptisé le Saint Michel qu’il l’amarre en baie de Somme, au Crotoy exactement . Un rafiot dont il fera longtemps son cabinet de travail et qui est le prélude à son installation définitive en Picardie. C’est en 1872 en effet qu’il occupe une maison bourgeoise située au 2, rue Charles Dubois, à Amiens. Demeure, signalons en passant, qui est aujourd’hui un musée ouvert au public. Mais pourquoi Jules Verne, le breton, choisit-il la capitale picarde pour y finir ses jours ? L’explication est simple et figure dans une lettre adressée à son ami Charles Wallut :  « Sur le désir de ma femme, écrit-il, je me fixe à Amiens, ville sage, policée, d’humeur égale, la société y est cordiale et lettrée. On est près de Paris, assez pour en avoir le reflet, sans le bruit insupportable et l’agitation stérile. Et pour tout dire, mon « St Michel » reste amarré au Crotoy ». Voilà pour l’histoire Amiénoise. Quant à l’œuvre de Jules Verne ? Elle est impressionnante. Comptabiliser le nombre d’ouvrages parus chez ses différents éditeurs dont le fameux Hetzel (Pierre-Jules Hetzel) tiens de la gageure. Disons qu’elle est épaisse d’une grosse centaine de livres, peut-être plus. Son théâtre passe des tragédies aux comédies en passant par les Vaudeville et les drames historiques, la poésie y est riche et savante quant aux romans nous en connaissons les principaux titres. Citons en trois seulement que vous relirez, si vous le souhaitez, avec beaucoup de plaisir « L’île mystérieuse, Michel Strogoff, Les enfants du capitaine Grant, Les révoltés du Bounty, tous Les voyages extraordinaires, Le tour du monde en 80 jours etc. Mais si vous voulez être surpris avec un roman de Jules Vernes, je vous recommande l’un des moins connu du grand public et qui est extraordinaire ! Extraordinaire par son érudition et le côté visionnaire de Jules Vernes. Il s’agit de « PARIS AU XX° SIECLE » roman d’anticipation écrit en 1863 à la demande de son éditeur Hetzel et refusé par lui sous prétexte qu’il était délirant et subversif. Or, « PARIS AU XX° SIECLE » est l’histoire d’un jeune homme prénommé Michel qui obtient en 1960 un prix de poésie latine et qui ne comprend plus la société dans laquelle il vit. Et ce que nous décrit Jules Vernes est si véridique que l’on a mal à croire qu’il a écrit ce roman en l863. En effet, non seulement, il nous dit que la société du 20° a vu triompher la science tandis que la littérature, la musique et la peinture sont méprisés, mais il décrit avec une réalité surprenante tout ce que nous connaissons aujourd’hui : les métros silencieux, des voitures à moteur hydrogène, des machines curieuses pour l’époque mais qui s’appellent aujourd’hui photocopieuse et ordinateur. Jules Verne anticipe aussi l’augmentation des trafics motorisés, annonce la formation des banlieues et de ses difficultés, l’abandon du grec et du latin dans les écoles, dénonce l’influence néfaste de l’anglais sur le français et prévoit même que la musique dite moderne ne sera plus chantée mais hurlée. Et ce n’est pas tout : notre visionnaire décrit aussi dans un « Paris au 20° siècle » une société toute entière qui n’a que pour seule idéologie le profit ; l’individu y perd ses libertés et il est surveillé par des machines et des robots et enfin, pareil à un coup d’œil inquiet sur l’actualité il nous annonce des systèmes de surveillances gigantesques pour, à la moindre incartade des citoyens, pouvoir les arrêter, les juger et… même les exécuter.
Lisez ou relisez « Paris au 20° siècle » de Jules Verne mais souvenez-vous que ce texte n’est qu’un roman d’anticipation.
Jules Verne et « Paris au 20° Siècle ».

 Eric YUNG.

mardi 1 février 2011

ROCAMBOLE ET SES AVENTURES SURPRENNENT PAR LEUR MODERNITE.

Chronique :

ROCAMBOLE de Ponson du Terrail.



Découvrir, ou redécouvrir, un roman d’avant–hier, un succès populaire d’autrefois et qui fit les beaux jours des maisons d’éditions et, plus souvent, des journaux qui les ont d’abord publié sous forme de feuilletons a toujours des effets magiques. En effet, ces romans là ont souvent le pouvoir de nous transporter dans des univers inaccessibles, de nous faire partager de belles et terribles aventures habitées par des personnages troublants et mystérieux ; des gens de bien et de mal qui hantent des lieux interdits aux profanes mais que nous, (lecteurs et lectrices) nous pouvons visiter. Parmi ces romans populaires il est une série qui vous surprendra par sa modernité, vous étonnera par ses rebondissements et vous enchantera par la richesse de ses descriptions du Paris du 19° siècle. Il s’agit des « Aventures de Rocamboles » de Pierre Alexis Ponson du Terrail. Ah ce Rocambole ! Un succès surprenant. Pourquoi ? Parce que ce héros légendaire est en réalité un homme peu sympathique : ambitieux, sans scrupules, avide de richesses mal acquises, machiavélique et comploteur il est prêt à tout pour se mettre dans le sillon de Napoléon III et de la grande bourgeoisie qui viennent de s’emparer du pouvoir. Le mot Rocambole (qui, signifiait « peccadille ») apparaît, pour la première fois, en 1857. Joseph Pipart surnommé Rocambole a alors 12 ans dans « l’Héritage mystérieux ». Et au fil d’un succès grandissant qui deviendra considérable Rocambole s’imposera. Il sera le héros principal des « Drames de Paris » d’abord publié dans la « Patrie » un journal bonapartiste. Ce feuilleton prévu pour une période de 100 jours durera 14 ans. Oui, quatorze années ! Un succès si grand, si extraordinaire que Ponson du Terrail a failli se faire lyncher lorsqu’il a décidé d’arrêter les « aventures de Rocambole ». En effet, fatigué par les frasques de sa créature, il décide un jour de faire mourir ce mauvais et méchant homme. La réaction du public est aussi inattendue que surprenante. Les lecteurs de l’époque se mobilisent et exigent de Ponson du Terrail et ce, avec l’aide du directeur du journal, qu’il fasse revivre Rocambole avec une nouvelle série. Une série titrée, évidemment, « La résurrection de Rocambole ».
Les aventures de Rocambole ont été réunies en onze volumes. Mais pour les lire il vous faudra le mériter. En effet, les dernières moutures remontent à la fin des années 60 et c’était la maison d’édition Marabout qui les avait republiés en livre de poche. Depuis, plus rien. Il faut les chercher chez les bouquinistes ou sur Internet. Mais faites-moi l’honneur de me croire si vous dénichez «les Aventures de Rocambole » vous deviendrez, à coup sûr, un lecteur heureux.

Eric Yung.







samedi 22 janvier 2011

LES JOURNALISTES TELE ONT-ILS ENCORE LE SENS DE L'HISTOIRE ?

Il y a trois ou quatre jours tout au plus, une chaîne d'informations continue française de la TNT nous a appris,par la voix d'une femme-tronc, plutôt jeune, jolie et très souriante, "que la révolution tunisienne a entraîné une perte financière nationale équivalente à une baisse de 4 % du PIB du pays." Ce chiffre officiel ( nous a précisé la présentatrice qui veille à l'éthique journalistique en citant ses sources) a été rendu public par le ministre de l'intérieur tunisien".
Une telle annonce n'indique-t-elle pas que nous vivons une époque curieuse ?
Eric Yung

jeudi 6 janvier 2011

RIMBAUD, le poète qui n'a jamais su sa célébrité.

RIMBAUD, LE POETE QUI N'A JAMAIS SU SA CELEBRITE. 




La poésie dit-on aurait perdu de son aura. Est-ce certain ? Il est difficile de le croire tant de très nombreux clubs de poésie oeuvrent, partout en France, en faveur de la muse Calliope. Quant aux dilettantes de la rime ils sont légions ! Qui d’entre nous n’a pas, en effet, une seule fois dans sa jeunesse, tenté l’acrostiche et l’alexandrin? Ne serait-ce qu’à l’occasion d’une fête des mères. Preuve s’il en est que la poésie est en nous. Alors, pourquoi ne pas redécouvrir quelques grands poètes ? Cela pourrait être Baudelaire, Villon, Verlaine ou bien d’autres. Mais, prenons le plus (enfin, peut-être) le plus turbulent d'entre eux : Arthur Rimbaud. Rimbaud qui dès son adolescence a montré une intelligence et une sensibilité si intenses que son professeur de l’époque, un certain Desdouets, principal du collège de Charleville, a écrit sur le cahier de notes du futur poète : « Rien de banal ne germe dans cette tête, ce sera le génie du Mal ou le génie du Bien ». C’était en l871. Arthur Rimbaud avait 17 ans ! Et très tôt, Rimbaud a rêvé de conquérir le monde des lettres. Il aspirait aussi à la reconnaissance et voulait devenir le chef de file des « poètes-voyants » c'est-à-dire appartenir à ceux qui ont - comme l’a écrit Gérard de Nerval - le « pouvoir de franchir ce seuil qui sépare la vie réelle d’une autre vie » ; un pouvoir que tous les plus grands poètes ont revendiqué mais que Rimbaud a affirmé clairement lorsqu’il a souhaité rejoindre le camp des parnassiens. Oui, parce que cet enfant de Charleville Mézières a tenté l’aventure parisienne. Il est venu la première fois en l870. Mais au lieu de se retrouver dans le cercle des écrivains et des poètes, il a été jeté en prison. Il n’avait pas payé son ticket de train ! Fort de cette mauvaise expérience, lorsqu’il a de nouveau décidé de conquérir la capitale, il y est revenu… à pieds. Rimbaud a flirté avec la Commune, est devenu l’amant de Verlaine et a habité chez lui, au grand dam de son épouse. Il a occupé successivement les appartements de Théodore de Banville, de Charles Cros et d’André Gill, des lieux parisiens que l’on peut visiter. Mais Rimbaud s'est révolté contre ses amis et a raillé  leur art. C’est l’époque où il publie « L’orgie parisienne » et « Les pauvres à l’église ». Un peu plus tard et après l’épisode de ses amours tumultueuses avec Verlaine qui a tiré , sur lui, deux coups de révolver ) il a écrit « Une saison en enfer ». Pour Rimbaud c’est fini. Il a renoncé à la célébrité. Est venu le temps de l’errance et de la longue halte à Harar, en Abyssinie, où il devient commerçant. Rimbaud a oublié Paris et a mis Verlaine dans l’armoire de l’oubli. Mais ce qu’ignore Rimbaud c’est que Paul Verlaine, justement, a pris l’initiative de faire publier beaucoup de ses poèmes réunis sous le titre « Les illuminations ». Et dans toute la France Rimbaud est devenu célèbre. Mais il ne le saura pas. Enfin, il l’apprendra mais ce sera quelques semaines avant sa mort. Il avait 37 ans et c’était le 10 novembre 1891.
Pour terminer cette courte chronique écoutons la musique des mots d’Arthur Rimbaud, les vers d'un de ses plus célèbres poëmes :  
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


(Le dormeur du Val ).


Eric YUNG.