mercredi 14 avril 2010
UN ECRIVAIN FRANCAIS TOUJOURS EN TETE DES VENTES DE LIVRES DANS LE MONDE.
Voici une devinette. Quel est l'écrivain français qui a vendu -et qui en vend encore- des dizaines de millions de livres ? Quelques indices : il est né à Lyon en 1900, tout le monde le connaît, il a été fiancé à Louise de Vilmorin, il a été aviateur et il a disparu en mer en 1944. Alors qui est-il cet écrivain français qui rivalise, en termes de succès et du nombre de livres vendus avec J. K Rowlling, l’auteur d’Harry Potter ? Avez-vous trouvé ? Oui, sans doute. Mais pour ceux qui n'auraient pas encore son nom, voici de nouvelles précisions : il est l'auteur de cinq romans dont trois d’entre eux ont eu un grand succès, en particulier aux Etats-Unis. Mais c’est un livre, un seul, qui a hissé cet écrivain français tout en haut de l’affiche des célébrités universelles et qui l'a fait connaître à jamais non pas seulement sur notre bonne vieille terre mais aussi à travers le cosmos ce qui, reconnaissons-le, le porte bien plus loin dans la notoriété que madame J.K Rowling, l’heureuse auteur de Harry Potter. Je vous expliquerai cette histoire de cosmos dans quelques lignes ! Bref, il s’agit Antoine de Saint Exupéry et de son Petit Prince paru pour la première fois à New York en 1943.
Or, si les titres de la série Harry Potter se sont vendus entre 58 et 110 millions d’exemplaires, le « Petit Prince » de Saint Exupéry est à plus de 8O millions d’exemplaires. Pour votre information Harry Potter et le Petit Prince sont les deux livres qui arrivent, actuellement, en tête des ventes dans le monde entier. Avant eux il y a un autre best-seller et c’est la Bible : elle est vendue à 6 billions (oui je dis bien 6 billions) c'est-à-dire, à un million de millions soit mille milliards d’exemplaires ; enfin à quelque chose comme ça. Il est vrai qu’en terme d’édition la Bible à l’antériorité… Il n’empêche que Harry Potter et notre best-seller planétaire français « Le petit Prince » représentent, tous les deux, une belle réussite commerciale. Mais Antoine de Saint Exupéry a un avantage : son "Petit Prince" est pour l’instant encore le livre le plus traduit au monde. On compte actuellement des centaines de traductions dans des langues différentes dont le Tagalog (c’est philippin) le Papiamento à Curaçao, le faerosk aux îles Féroé, le scipétaire en ex-Yougoslavie , le quichua en Equateur sans oublier les nombreuses langues ou dialectes indiens que sont le telugu, le marathi, le pendjabi, le tamoul et le malayalam. Et, très récemment, le Petit Prince a aussi été traduit en Ourdou la langue officielle pakistanaise qui représente tout de même plus de 125 millions de lecteurs potentiels nouveaux. Enfin, pour terminer il me faut vous préciser (j’y ai fait allusion en tout début de chronique) qu’en hommage à Saint Exupéry, l’astéroïde identifiée sous le nombre 46610 a été baptisé par les astrophysiciens « Bésixdouze » en référence à la planète B612 dont est originaire le Petit Prince. Le Petit Prince est donc un livre à la notoriété cosmique. Et, je le dis bien sûr sans chauvinisme aucun, mais ce n’est sans doute pas demain qu' Harry Potter deviendra le nom d’une étoile.
Eric Yung.
UN LIEU, UN ECRIVAIN : La maison de Balzac. 47 rue Raynouard 75016
Il est, à quelques pas de la maison de Radio France une demeure originale. Originale ? En effet, son architecture a peu à voir avec ce que l’on appelle aujourd’hui le « fonctionnel » ou pire « la faisabilité de l’habitat». Cette maison, située au 47 de la rue Raynouard, dans le 16° arrondissement, est toute biscornue et les pièces qui la composent portent encore en elle le désordre que chérissait son propriétaire : Honoré de Balzac. Et pour vous dire l’originalité de cette construction (que vous pouvez visiter aujourd’hui) Théophile Gauthier, l’ami fidèle d’Honoré de Balzac l’a décrite ainsi : « (…) Située sur une pente abrupte, la maison offrait une disposition architecturale assez singulière. On y entrait un peu comme le vin entre dans les bouteilles. Il fallait descendre trois étages pour arriver au premier. La porte d’entrée, du côté de la rue, s’ouvrait presque dans le toit, comme une mansarde ». Une bâtisse si insolite que le poète, Gérard de Nerval, se désolait que cette maison « possède trois étages d’escalier » qu’il « fallait descendre ». Et de préciser, quand j’allais voir Balzac il n’y avait « pas de maison devant soi . Un mur, une porte et une sonnette. Le concierge ouvrait, et l’on se trouvait sur le palier du premier étage, en descendant du ciel. Au second étage, on rencontrait la loge, -le concierge disait : il y a encore deux étages, en descendant. "Heureusement, conclut Gérard de Nerval, cette maison inverse n’avait pas d’entresol ».
C’est en tous cas ici, dans cette demeure insolite où il vécut de 1840 à 1847 qu’Honoré de Balzac conçut « La comédie humaine » et rédigea ses plus beaux romans (La Rabouilleuse, Splendeurs et misères des courtisanes, La Cousine Bette et le cousin Pons par exemple.) Enfin, sachez que sous la maison de Balzac il y a un site unique. Un site qui nous permet de savoir aujourd’hui ce qu’était le village de Passy au Moyen Age. En effet, c’est le seul endroit de Paris que le temps a préservé en l’état. Et il y a quelques années, une mission archéologique à mis à jour un ensemble d’habitations troglodytes. Oui oui, des habitations troglodytes sous la maison de Balzac ! Et devinez ? Passy était un petit village de cultivateurs et de vignerons.
Eric Yung.
mardi 30 mars 2010
Le parisien Charles Baudelaire n’a jamais su se fixer dans un lieu précis bien longtemps. Il a été, sans aucun doute, avec Victor Hugo, l’écrivain ou ( si vous préférez) le poète, qui a habité le plus grand nombre de rues. Né en 1821 à Paris, au 13 rue Hautefeuille, dans le quartier latin, il a connu, jusqu’en 1867, un peu plus de 40 adresses. De chambrettes en hôtels en passant par quelques beaux appartements, Charles Baudelaire avait la bougeotte. Il a d’ailleurs écrit dans « Spleen de Paris » : il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas.
Mais une autre raison, beaucoup plus terre à terre que celle invoquée par le poète l’a conduit, souvent, à déménager : Charles Baudelaire, toujours endetté a fui, sans cesse, son dernier domicile parisien pour échapper aux créanciers qui l'ont recherché. Et c’est ainsi qu’en moins de trente ans il a habité une quarantaine de lieux dont l’île Saint Louis, au l7 du quai d’Anjou où (précisons le) Théophile Gauthier avait créé le « Club des Haschichins », rue de Beautreillis, rue Yves Toudic et des hôtels de Pigalle, ceux des alentours de la gare du Nord, de la rue d’Amsterdam, de la rue de Provence sans oublier qu’il s’est installé durant 3 ou 4 ans, au 19 Quai Voltaire, dans une chambre du cinquième étage là où il a achevé « Les fleurs du mal » (en l856 ou 57 ?).
Mais peut-on parler de Baudelaire sans évoquer les nombreux lieux publics qu’il a fréquentés avec assiduité et où, faute d’argent, il a souvent résidé ? Les bistrots, les cafés et autres établissements borgnes et plus ou moins louches ont participé a créé la légende baudelairienne. Ainsi, « Le divan », un boui-boui de la rue Pelletier fréquenté aussi par Courbet, Nerval, Berlioz, Dumas et Nadar, le café de Bade du 32 boulevard des Italiens, la Brasserie des Martyrs situé au 7 et 9 de la rue du même nom et les quelques bordels de la rue Frochot. Une rue où le hasard a voulu qu’il rencontre Aglaé dites Apolline Sabatier une des deux femmes qui a compté dans la vie sentimentale de Baudelaire. C’est pour elle, Apolline qu’il a écrit l’Hymne :
Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l’éternel.
Si vous aimez les promenades littéraires vous pouvez marcher sur les pas de Baudelaire qui a été, selon Jules Laforgue « le premier à parler de Paris en damné quotidien de la capitale ».La poésie, muse délaissée, dit-on, a toujours pourtant le pouvoir de nous transporter dans le temps. Faites-en l'expérience ! Par exemple, levez-vous à l'aube pour flâner dans l’île St Louis et vous le remarquerez : l'atmosphère est encore imprégnée de la présence du poète qui, en marchant sur le quai de Béthune, a écrit :
« L’aurore grelottante en robe rose et verte
S’avançait lentement sur la Seine déserte,
Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,
Empoignait ses outils, vieillard laborieux ». (1)
Eric Yung.
(1 - Tiré de Le crépuscule du matin –Tableaux parisiens- Fleurs du Mal)
vendredi 19 mars 2010
"LES NOUVELLES ARCHIVES DE L'ETRANGE" EN LIBRAIRIE DEBUT MAI 2010.
- INTRODUCTION–
Depuis son apparition journalistique (1) le fait-divers a été perçu, chez bon nombre d’élites, comme la lie de l’information, une sorte de trou de serrure propice au voyeurisme social et qui, de facto, a été reléguée dans la rubrique des « chiens écrasés ». Aujourd’hui, par la grâce des nombreuses études universitaires, sociologiques, philosophiques, ethnologiques etc. dont il est l’objet, le fait-divers semble avoir évolué vers une notion plus juste si l’on admet qu’il contient en lui-même la diversité de la vie. « Le fait-divers se place ainsi au cœur de l’un ou l’autre des deux problèmes essentiels : ce que l’homme est dans le monde, et ce qu’il est lui-même. Et que rien « d’autre ne saurait être plus intéressant » a écrit Roger Grenier (2). C’est en cela qu’il est la matière inépuisable du récit au sens où Roland Barthes (3) estime que « le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés (…) et que le récit est là, comme la vie.» Ainsi, le fait-divers dont le terme semble être une maladresse sémantique n’est pas (ou n’est plus) « l’événement inclassable » mais l’essence de toute histoire humaine. Il est le révélateur de « la magie des exceptions de la vie » ou de « l’absurde qui s’installe dans l’intelligence pour la gouverner avec une épouvantable logique » comme l’a écrit Charles Baudelaire dans sa préface introductive de la première édition des « Nouvelles extraordinaires » d’Edgar Poe. Le fait-divers est aussi –et c’est incontestable – une sorte de corne de fortune qui nourrit la littérature.
Ainsi, ces « Nouvelles archives de l’étrange » recueil de récits radiophoniques, sont toutes inspirées de faits-divers et sont donc des histoires de femmes et d’hommes dont l’absurde a brutalement et parfois violemment, transformé leur vie en destin. Raconter leurs histoires et, par l’écrit, les ancrer dans la mémoire collective c’est tenter de préserver les acteurs de ces parcelles ou ces lambeaux de temps passés. C’est aussi rendre hommage à tous ces êtres qui, malgré eux, et par le récit, deviennent parfois des héros romanesques.
Eric Yung.
(1) sans doute en 1860 avec la naissance du « Petit Journal », le quotidien populaire à un sou.
(2) " De l'utilité des faits divers ", in Les Temps modernes, n°17.
(3) Barthes 1981 [1966]
mardi 16 mars 2010
COLETTE ET LE 9, RUE DU BEAUJOLAIS ~~
- « Regarde Maurice ! Regarde ! »
Sitôt ces mots prononcés, la dame quitte son appartement pour toujours. Colette –oui, la grande Colette- vient de mourir ! Nous sommes le 3 août 1954.
Si Colette a encré son existence au 9 rue du Beaujolais et ce par amour du Palais Royal elle n' y a pas toujours occupé l’étage "noble". Pas du tout. Elle a d’abord résidé dans « le tunnel » c'est-à-dire dans un entresol qu’elle a décrit ainsi : « Il était noir ! Il fallait de la lumière toute la journée. Il était si étroit qu’on y pouvait manger que de l’anguille.
En vérité, « le tunnel » -elle y a habité de 1926 à 1929- était un bouge nommé pudiquement –et je cite-
« poste de guet pour demoiselles de plaisir ». C’est là que ces dames restaient à l’affût des clients derrière les fenêtres cintrées dites castors ou demi-castors selon que leurs moyens et la prospérité de leur industrie les rendaient locataires d’une fenêtre entière ou d’une moitié de fenêtre ». En effet, Colette a vécu dans un ancien bordel !
Dès lors, le 9 rue du Beaujolais et que ce soit dans le tunnel ou, plus tard, à « l’étage ensoleillé » est devenu la source vive de son inspiration. C’est ici, que Colette a rédigé la plus grande partie de son œuvre. Durant des années, le domicile de Colette a été le rendez-vous des plus grands artistes. Ils sont venus la voir, la consulter de tout Paris et du monde entier. Parmi les personnages les plus célèbres et dont les noms sont à jamais installés dans la mémoire collective il y a eu Paul Morand, Courteline, Cocteau, Francis Carco, Sacha Guitry, Jean Genet, Henri Mondor, Henri Matisse, François Mauriac et bien d’autres célébrités universelles.
Lorsque Colette est morte ( le 3 août 1954) le gouvernement français a organisé, le 7 août, pour rendre hommage au grand écrivain mais aussi à la parisienne, habitante amoureuse de son quartier, une cérémonie dans le jardin du Palais Royal, juste devant le 9 rue du Beaujolais. Une cérémonie ? Que dis-je ! La République a accordé, pour la première à une femme, des funérailles nationales.
Eric Yung.
vendredi 12 mars 2010
DISPARITION DE PASCAL GARNIER (Voir la rubrique "Epiderme")
mercredi 3 mars 2010
SIMENON et PARIS - ~~
Paris, disait-il, est « mon port d’attache ». Et même s’il a fait de lointains voyages, qu’il a séjourné aux Etats-Unis, qu’il s’est rendu spécialement aux Iles Samoas pour se recueillir sur la tombe de Robert-Louis Stevenson, que la guerre l’a conduit à La Rochelle (un épisode de sa vie qui reste controversé), Georges Simenon est toujours revenu à Paris. A son retour de voyages il a loué une chambre à l’hôtel Claridge en attendant de pouvoir occuper de nouveau l’appartement de la Place des Vosges. C’était en 1945. Douze ans plus tard, c'est-à-dire en 1957 il quitte Paris et se retire définitivement en Suisse ; à Figuiers exactement, dans une demeure baptisée « La maison rose ». En 1981 il y fait faire des travaux et il est obligé de loger, en hôtel, à Lausanne. C’est dans l’une des chambres de ce quatre étoiles qu’il a pris la main de Teresa, sa compagne et fidèle amie et lui a dit : « enfin, je vais dormir ». C’était le 4 septembre 1981. Il était 3 h 30’ le matin.
Eric Yung.
mercredi 17 février 2010
Quel est l'intérêt de parler ici, dans un blog, d'un livre que tout le monde connaît et qui a été publié il y a plus d'un demi-siècle ? Parce que on ne se lasse jamais du merveilleux ; et cela suffit.
"Le vieil homme et la mer", dernier livre publié de son vivant, a permis à Hemingway d’obtenir le prix Pulitzer puis, pareil à un point d’orgue c’est encore « Le vieil homme et la mer » qui est venu, par le prix Nobel de littérature, consacrée en 1954, l’œuvre entière de notre américain de Paris, Ernest Hemingway. Un roman qui débute par ces deux premières phrases construites simplement : « Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau, qui pêchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n'avait pas pris un poisson ». Ce début du livre est, sans aucun doute, la plus belle démonstration de l’exigence absolue d’Hemingway d’aller à l’essentiel, de dépouiller la phrase pour « écrire vrai » disait-il et arriver à ce qu’il définissait lui-même de « style maigre ». Et pour illustrer encore cette volonté de purisme rappelons-nous qu’il aurait, (selon certains biographes) recommencé trente neuf fois la première page de l’Adieu aux armes. Ainsi, nous tous qui aimons la lecture, reprenons plaisir (ou prenons un plaisir nouveau) à vivre et les mots et les phrases d’Hemingway de son « Vieil homme et la mer » dont l’écriture annonçait la stylistique moderne. Mais lire « Le vieil homme et la mer » ce n’est pas seulement s’arrêter sur l’esthétique narrative. C’est d’abord et surtout, peut-être, se fondre avec la noblesse de cette histoire humaine simple et extraordinaire à la fois. C’est vibrer au rythme des émotions que connaît Santiago, le vieil homme, le pêcheur avec des « rides comme des coups de couteaux et des taches brunes sur la peau causée par la réverbération du soleil sur la mer des Caraïbes ». C’est aimer Manolin, le petit garçon qui jamais ne désespère de voir son ami Santiago ramener à terre le plus gros des poissons. Un gosse qui le protège des lazzis des gens du village. « Le vieil homme et la mer » c’est encore partager avec lui sa solitude lorsqu’il est au large et qu’il « ne distingue plus la ligne verte du rivage (…) qu’il « ne voit plus que les irisations profondes sous l’eau violette » (…) parce que « la mer a pris une couleur foncée » (…) et « qu’il y a mille mètres de fond ».
Enfin, pour vous convaincre de vous délecter avec « Le vieil homme et la mer » –mais avez-vous besoin de l’être ? - sachez qu’il s’agit d’un livre épatant. Ce roman –que beaucoup ont souvent confondu avec une nouvelle est court et se lit en un seul aller-retour du dodo au boulot. Alors, n’hésitez pas, dès demain matin, mettez dans votre poche ce roman d’Hemingway et lisez ou relisez-le. Je vous le promets : vous serez emporté par la mer des Caraïbes et sa beauté, ému par les efforts de Santiago qui, les mains coupés par son filin, combat le courageux espadon, et vous serez attendri par la joie de Manolin, le petit enfant qui, aux dernières pages du livre, vivra le retour victorieux de son ami, « le vieil homme ».
Eric Yung.
jeudi 4 février 2010
Arthur Bernède, Belphégor et les autres.
Arthur Bernède.
CHRONIQUE / Les succès d’autrefois.
Je baguenaudais dans le quartier de Belleville. En passant devant l’étroite et sombre vitrine d’un marchand de rêves plus proche du chiffonnier que du brocanteur, je remarquais une pile de bouquins. L’un d’eux, celui placé le plus proche de moi, portait le titre « Belphégor » et suivait le nom de son auteur : Arthur Bernède. Un nom d’écrivain que je ne connaissais pas ou que j’avais oublié depuis longtemps, à moins que je ne le confondisse avec Gaston Leroux, un ami dArthur Bernède et auteur du « Fantôme de l’Opéra » sachant que Belphégor a hanté, de son côté, le Palais du Louvre. Bref, Arthur Bernède se révélait donc être le créateur de Belphégor, ectoplasme s’il en est, rendu célèbre par la télévision (Claude Barma), entre le 6 et le 27 mars 1965, période d’un feuilleton diffusé sur la 2° chaîne de l’O.R.T.F. Arthur Bernède ! Quelle ne fût pas ma surprise, après avoir acheté l’ouvrage exposé en vitrine, d’apprendre qu’Arthur Bernède était un écrivain prolixe, né à Redon (Ille-et-Vilaine) en janvier 1871, mort, à Paris à l’âge de 56 ans et auteur de près de 300 romans, d’une bonne vingtaine d’opéras et de 17 pièces de théâtres. Une œuvre hétéroclite composée de romans policiers, d’aventures, d’espionnage, d’amour et de récits historiques. Certains des titres sont forts connus et ont été vendus, dit-on, à des centaines de milliers d’exemplaires. D’autres ont été adaptés au cinéma. Est-ce pour cela que l’on connaît bien Arthur Bernède ? Non, semble-t-il. Pourtant plusieurs de ses romans, quelques-uns de ses opéras et plusieurs de ses pièces de théâtres ont connu un immense succès populaire. Raison pour laquelle, sans doute, l’évocation de certains titres nous rappelle d’anciennes lectures ou de vieux souvenirs. Ainsi, c’est presque certain, vous avez entendu parler de « Judex » et de ses aventures déclinées, un peu plus tard, en « Les incarnations de Judex ». Arthur Bernède c’est aussi "Chantecoq" héros d’ une série d’espionnage, et d'un certain Méphisto dans sa version originelle, un roman adapté au grand écran et qui donna le premier rôle du cinéma parlant à Jean Gabin ; « Fleur de Paris » ouvrage, lui aussi, adapté au cinéma avec pour héroïne principale…Mistinguett. Il y a eu aussi les premières versions imaginaires de la vie de Landru, de Lacenaire, de Mata Hari, ou encore « La Loupiote » roman co-écrit avec Aristide Bruant tout comme la « Môme Printemps », « Le vampire de Düsseldorf » et évidemment « Belphégor » sans oublier « Surcouf ». Arrêtons-là cet inventaire littéraire. Cette courte chronique ne suffira pas à énumérer une œuvre si riche. Pourtant, sachez encore, que Arthur Bernède est, en France, l’inventeur (avec Gaston Leroux) des « cinéromans » vous savez ces histoires sensées concurrencer les films à épisodes et qui se présentaient sous forme de magazines illustrées de photographies et de textes.
Lire, par exemple, les aventures de Belphégor d’Arthur Bernède comme je viens de le faire tout récemment, c’est dix fois, que dis-je … cent fois plus palpitant que de revoir, en DVD, la série télévisée ! Reste que cette lecture il faut la mériter… les livres de Arthur Bernède ne sont pas tous réédités mais il est cependant possible de trouver certains d’entre eux chez les bouquinistes bien sûr, mais aussi via quelques sites spécialisés sur Internet.
Eric Yung.
C’était Arthur Bernède.
Eric YUNG.
samedi 30 janvier 2010
ROGER VAILLAND A TOUJOURS BON PIED, BON OEIL !
L’œuvre de Roger Vailland semble avoir été oubliée du grand public. Cependant, - et c’est un paradoxe ! – il y a peu d’écrivains contemporains qui bénéficient d’autant de considérations : des associations d’admirateurs veillent à sa mémoire, des colloques internationaux et des conférences savantes maintiennent, dans le temps, son œuvre littéraire, des villes et des régions françaises le fêtent chaque année. Les honneurs et les hommages autour de Roger Vailland sont légions. Malgré cela combien de personnes peuvent répondre à la question : qui a écrit « Bon pied, bon œil », « Drôle de jeu », « Beau masque », « La loi », « La truite » etc. ? Peu sans doute. Or, parmi les titres énoncés il y a en deux qui ont été, tout de même, récompensés par les prix prestigieux que sont l’Interallié et le Goncourt. Le premier, Roger Vailland l’a obtenu en 1945 pour « Drôle de jeu » et le second lui a été donné pour « La loi ». C’était en l957. Soulignons que son œuvre entière est importante, par le nombre des publications bien sûr, mais aussi par l’impact intellectuel qu’elle a eu dans les classes populaires du milieu du 20° siècle. Alors, comment expliquer que les romans de Roger Vailland ont été remisés dans l’armoire de l’oubli ? Ne serait-ce pas parce que celui qui fut un communiste éphémère, un adepte des paradis artificiels et un libertin, ne serait plus adapté aux normes du conformisme moral, sanitaire et social de la société d’aujourd’hui ? C’est possible. A moins, se demande Christian Petr, président de l’association des amis de Roger Vaillant, qu’il ne « souffre des préjugés concernant la littérature militante » ? Mais alors, écrit encore Christian Petr, ce serait faire fi « des hasards de la vie et de l’histoire qui brouillent heureusement toutes les références … ».
Roger Vailland est d’abord un romancier, un vrai, un « être libre, c'est-à-dire souverain ne reconnaissant à personne le droit de me tyranniser » a-t-il écrit.
Il est un écrivain dont l’œuvre toute entière est toujours tiraillée entre l’action, le devoir et le plaisir. Ainsi, « Drôle de jeu », roman puisé aux sources de la contradiction humaine et taillé dans le vif de la vie quotidienne d’un résistant contre le nazisme. « La loi », roman qui a donc obtenu le Goncourt en 1957 et qui a été adapté au cinéma par Jules Dassin avec, pour acteurs, Yves Montant, Marcello Mastroianni et Gina Lollobrigida, raconte certes, une histoire différente, mais révèle, là encore, des existences confrontées à d’indicibles et inévitables rapports de force. Si vous n’avez jamais lu Roger Vailland, n’hésitez pas : découvrez-le avec ces deux ouvrages. Préférez-vous vous encanailler avec quelques récits vécus du sybarite Roger Vailland ? Alors, lisez ses « Ecrits intimes », vous ne serez pas déçu. Enfin, sachez que Roger Vailland est né en 1907 et qu’il a disparu à l’âge de 57 ans. Il repose à Meillonnas, non loin de Bourg-en-Bresse, dans le département de l’Ain.
Eric Yung.
mercredi 20 janvier 2010
Marcel Aymé, un écrivain décrié et humilié par l'intelligentsia de son époque et celles d'après...
Marcel AYME – Chronique Yung.
Marcel Aymé ? Ses romans, ses nouvelles ont connu de grands et beaux succès. Ses pièces de théâtres ont été célébrées par le public. Ses dialogues sont, pour bon nombre d’entre eux, entrés dans la légende cinématographique (souvenez-vous de la fameuse réplique : « salaud de pauvres ! » dites par Jean Gabin face à un couple de cafetiers qui exploite de jeunes enfants juifs dans la « Traversée de Paris »). Marcel Aymé a été, en son temps, l’un des écrivains les plus lu. Sans cesse réédité, son œuvre entière est à notre disposition. Il faut lire ou relire Marcel Aymé. Pourquoi ? D’abord parce que cet écrivain du 20° siècle a décrit, avec un réalisme intense, les structures sociales et les mœurs de la société française des années de la seconde guerre mondiale et de celles qui l’ont suivies ; qu’il est l’un des rares auteurs à avoir, avec talent, user du fantastique pour ironiser sur l’hypocrisie, l’avidité et la violence de nos contemporains. Ensuite, parce que s’intéresser aujourd’hui à l’œuvre de Marcel Aymé est une juste revanche contre les intellectuels et critiques de son époque qui ont voulu que son nom n’apparaisse jamais au frontispice des belles-lettres. En effet, Marcel Aymé –à l’exception de quelques uns dont François Mauriac- n’a jamais réussi à se faire reconnaître par ses pairs. Il est vrai que son anticonformisme et ses comportements intellectuels ont dérouté bon nombre d’entre eux. Ces attitudes l’ont conduit au pilori de l’infamie avant que l’incompréhension, l’intolérance, la bêtise et la haine l’accusent de collaborationnisme avec l’occupant allemand. Mais la chose n’est pas si simple et aurait méritée d’être examinée plus au fond sachant que le manichéisme est l’ennemi des mémorialistes. Et encore : aurait-il fallu que des historiens étudient le cas de Marcel Aymé. Cela n’a pas été fait par peur -peut-être ?- qu’une étude objective et approfondie de son œuvre taxe son auteur de réactionnaire voire de fasciste. C’est dire si la méchanceté d’une époque ternie toujours la mémoire de Marcel Aymé pour qu’ainsi l’université n’éprouve point trop le besoin de l’étudier sans a priori. Marcel Aymé a-t-il ou pas collaboré avec l’ennemi allemand ? Il est vrai qu’il a, durant l’occupation, publié de nombreuses nouvelles et quelques romans dans des journaux à la botte du régime de Vichy (« La gerbe » et « Je suis partout », par exemple) ; c’est vrai qu’il a, une fois, sollicité, pour le financement d’un film, la « Continental » société de production cinématographique complice de la propagande du troisième Reich. Une démarche qui lui vaudra d’ailleurs, à la Libération, un « blâme sans affichage ». Mais dans le même temps –et faut-il pour autant donner un sens à cette contradiction ? – il a fait équipe avec le réalisateur marxiste Louis Daquin. Par ailleurs, avant 1939, Marcel Aymé a tourné en dérision le régime nazi et c’était dans « Travelingue », « La carte » ou le « Décret » tiré du recueil de nouvelles « Le passe muraille ». Il a aussi écrit des romans qui parlent, avec férocité, de la France des années 40 et de l’épuration avec ses acteurs du « marché noir », « ses dénonciateurs et leurs règlements de comptes revanchards et injustes (pour s’en convaincre il suffit de relire « Uranus »). Et puis, Marcel Aymé ne s’est pas fait d’amis chez les magistrats qui tous, sauf un (Paul Didier), ont prêté serment à Pétain. Il faut dire qu’il leur a recommandé de faire « un stage de deux ou trois mois en prison avant de juger les autres »… C’était dans « La têtes des autres » une pièce de théâtre qui, soulignons-le ici, a été parmi les premières à dénoncer la peine de mort.
Alors, aujourd’hui il serait inique d’ignorer l’œuvre de Marcel Aymé. Ce serait une nouvelle façon de se joindre un peu à l’ignominie de ses détracteurs d’antan.
Antoine Blondin a écrit « L’ignorance dans laquelle la critique et les manuels de littérature ont tenu l’œuvre de cet écrivain relève du scandale culturel ». Mais Blondin était un « Hussard » direz-vous peut-être. Alors, prenons Jean-Louis Bory dont il est difficile d’imaginer qu’il a été à la droite de l’échiquier politique. Eh bien, Jean-Louis Bory a déclaré : « Mes deux passions sont Aragon et Marcel Aymé. J’ai écrit « Mon village à l’heure allemande », en pensant à Marcel Aymé. Alors, n’est-il pas temps de réhabiliter Marcel Aymé ? Ce serait justice que de célébrer le grand écrivain qu’il est et l’homme libre qu’il a été !
Eric Yung.
dimanche 27 décembre 2009
PROMENADE SUR LE BOULEVARD DU CRIME à PARIS ~~
Quelques un d’entre nous ne manqueront sans doute pas d’être surpris : le « boulevard du crime" n’a jamais été celui que l'on a cru ! Si la rumeur et les « on-dit » ont fait du boulevard du crime un lieu épouvantable, un bout de quartier de la République où d’honnêtes gens se faisaient dépouillés et même trucidés à tout va, la réalité est toute autre. Le boulevard du crime, c'est-à-dire le boulevard du Temple situé à cheval sur le 3° et 11° arrondissement de Paris, était l’un des endroits les plus charmants de la capitale. Chaque soir et jusqu’à tard dans la nuit –et c’était donc il y a un peu plus d’un siècle- 20.000 personnes venaient s’y promener, chanter, rire et s’amuser. Bref le « boulevard du crime » était la kermesse permanente du plaisir. En effet, le boulevard du crime ne doit pas son nom à sa mauvaise réputation et il n’a jamais été le refuge des malfrats, apaches, arsouilles, canailles et fripouilles en tous genres. Non ! Le boulevard du crime doit son nom à son activité joyeuse et culturelle. Les théâtres y étaient très nombreux et l’on y présentaient des pièces écrites par d’illustres écrivains et jouées par de grands comédiens et comédiennes. Elles avaient toutes un point commun : c’étaient des pièces de théâtre de genre policier. Oui, vous avez bien entendu : les théâtres du boulevard du temple interprétaient des « polars » (si vous préférez) mis en scène et interprétés par les grands acteurs de l’époque. Ces théâtres (dont le théâtre Déjazet qui existe toujours) étaient plus de 25 concentrés en ce lieu. Et tous jouaient, jours et nuits, à guichets fermés. Le succès était si grand que les autorités publiques ont débaptisé le boulevard du Temple pour l’appeler, très officiellement, le boulevard du crime. Beaucoup de curieux des choses de l’histoire ont cru longtemps que cette appellation était la conséquence d’une tentative d’assassinat –perpétré contre Louis Philippe (c’était le 28 juillet 1835). Il n’en est rien. En réalité, la soi-disante mauvaise réputation du boulevard du temple est due au recensement aussi particulier qu’étonnant, établi par « l’Agenda des spectacles », un journal des années 60, 1860 évidemment. Ainsi, un de ses journalistes, un critique théâtral, s’était amusé à compter le nombre de meurtres qu’il y avait eu, depuis vingt ans, sur toutes les planches du boulevard du crime. Il avait compté que l’acteur Tautin avait été poignardé 16 302 fois, que le comédien Marti avait subi 11.000 empoisonnements, que son collègue Fresnoy avait été immolé 27.000 fois et que mademoiselle Adèle Dupuis, une vedette qui jouait les innocentes, avait été séduite, enlevée ou noyée 6.400 fois. En tout il avait répertorié 151.702 crimes sachant que les victimes ont toutes, et très longtemps, joui d’une excellente santé et de l’estime du public. Et pour cause ! Le boulevard du Temple a construit sa notoriété grâce à ses théâtres spécialisés dans les mélodrames terrifiants, sanglants et dans lesquels les orphelins étaient persécutés, les enfants volés et les bourgeois poignardés. Conséquence, le boulevard du crime était devenue la promenade publique la plus prisée de France. Le roi en avait même fait son lieu de parade. Le parisianisme de l'époque voulait que l’on s’y montre pour y chercher de la reconnaissance. Et puis il y a eu Eugène Haussmann.
C’était en 1862. Cette année là, tous les théâtres furent démolis sur son ordre. Les protestations, les manifestations de rues et les pétitions n’y ont rien fait. Alors, le 15 juillet -à minuit pile- les cloches de Paris ont sonné la fin du boulevard du crime. Cette nuit là, aux « Folies dramatiques » on a joué une dernière représentation, une pièce en 3 actes et 14 tableaux, un mélodrame fantastique titré « Les adieux du boulevard du Temple ».
Voilà, vous connaissez la vérité sur le boulevard du crime et lorsque vous promènerez sur le boulevard du Temple vous songerez peut-être à ces liesses d’antan qui ont fait les beaux jours de Panam’.
Eric Yung.
mardi 22 décembre 2009
CROQUIS DE GUILLAUME APOLLINAIRE.
Paris a été son port d’attache. Sa vie a été bouleversée par les drames et les chagrins d’amour. Né à Rome en 1880 c’était un immigré du nom de Wilhem Albert Vladimir Apollinaris de Waz-Kostrowitcky. Il est mort à 38 ans. Poète et écrivain on a, un peu, oublié qu’il est le fondateur de la modernité littéraire et qu’il a été l’un des artistes les plus adulés de son temps. Aujourd’hui son nom est gravé au Panthéon sous le pseudonyme de Guillaume Apollinaire…
A l’évocation du nom « Apollinaire » on pense aussitôt à la poésie et à ces quatre vers :
« Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine »
Si Guillaume Apollinaire est encore, aujourd’hui, si présent dans notre quotidien c’est qu’il a, durant sa courte existence, rédigé une œuvre considérable et qu’il a connu un grand succès populaire. Auteur d’une dizaine de recueils de poésie dont les célèbres « Alcool » et « Calligrammes » qui sont toujours étudié au lycée, il a aussi signé une douzaine de romans (dont « Les onze mille verges » un livre qui a fait scandale lors de sa publication, pourtant anonyme, en 1907). Il a également publié des chroniques savantes et fait éditer plusieurs de ses conférences, écrits des pièces de théâtre et même un scénario pour le cinéma. Et puis, on a l’a peut-être oublié mais Apollinaire est l’inspirateur des surréalistes. C’est lui, d’ailleurs, qui a inventé le vocable : « surréalisme ». Il est admiré, de son vivant, par Breton, Aragon et Soupault. Picasso, Derain, Poullain, de Vlaminck et le douanier Rousseau sont ses amis. Apollinaire est, sans aucun doute, le précurseur de la révolution littéraire de la première moitié du 20° siècle. Ainsi, pour Apollinaire, l’Art « doit exclure l’intervention de l’intelligence, c'est-à-dire de la philosophie et de la logique dans « ses » manifestations (…) puisque l’œuvre artistique est fausse en ceci, qu’elle n’imite pas, ajoute-t-il, la nature, mais qu’elle est douée d’une réalité propre, qui fait sa vérité ». Une pensée qui chamboule tous les académismes et qui sera reprise, plus tard, par André Malraux pour expliquer ce qu’est le cubisme. N’oublions pas que Guillaume Apollinaire a vécu à la fois l’émergence du cubisme mais aussi le futurisme italien et le dadaïsme.
Et puis, comme pour ajouter l’héroïsme à la popularité, Apollinaire a choisi, en 1915, de briser une histoire d’amour pour rejoindre volontairement le 38° régiment d’artillerie sur le front de Champagne. Transféré, à sa demande, au 96° régiment d’infanterie, il est, avec ses camarades, dans les tranchées. C’est le 17 mars 1916 qu’un éclat d’obus le blesse à la tête. Apollinaire évacué sur Paris est trépané, deux mois plus tard. En 1917, il publie ses « Calligrammes » un mot qu’il invente pour désigner ses poèmes dont la disposition graphique des mots forme un dessin. Ce sera l’apogée de son succès littéraire. Mais affaibli par sa blessure de guerre, Guillaume Apollinaire meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918. Une pandémie qui a fait, souvenez-vous, entre 20 et 40 millions de morts dans le monde. Apollinaire est enterré au cimetière du Père Lachaise.
Eric Yung.
samedi 19 décembre 2009
Alain ROBBE-GRILLET
« L’écrivain doit accepter avec orgueil de porter sa propre date sachant, a écrit Alain Robbe-Grillet, qu’il n'y a pas de chef-d'oeuvre dans l'éternité, mais seulement des oeuvres dans l'histoire.» Cette phrase est tirée de son essai publié en 1963 (1). Robbe Grillet est mort dimanche dernier (21.02.09). Alors, c’est le moment de poser la question : que reste-t-il de l’œuvre d’Alain Robbe-Grillet ? Une vingtaine de romans et une petite dizaine de films ? Ce ne serait rien en effet si l’écrivain (et seulement l’écrivain) n’avait pas bouleversé l’académisme littéraire. C’est Alain Robbe-Grillet avec Nathalie Sarraute, qui, en quelques revers de mots ont balayé le style balzacien, c'est-à-dire la référence absolue en matière littéraire concernant la description narrative. Mais en reléguant d’un coup Balzac (et en le faisant savoir) dans l’armoire du passé, Robbe Grillet a exigé du roman qu’il soit « une remise en question permanente », un droit à une « perpétuelle renaissance » et, de facto, contester à un écrivain -et quelque soit son talent ou son génie- le droit « de régner sur sa création comme Dieu sur l’univers, éternellement ». Par ailleurs, le nouveau roman se veut, avant tout, être une recherche sans finalité, une exploration de l’inconscient dans laquelle les personnages et l’intrigue ne soient plus l’épicentre du récit mais qu’ils y soient dilués. Mise en valeur des objets, du temps, de la mémoire, de l’espace aussi et des obsessions de l’auteur c’est encore cela « le nouveau roman ». Et en effet, lorsqu’Alain Robbe-Grillet publie, en 1953 et 1955, ses deux ouvrages titrés « Les gommes » et « Le voyeur » il rejette la forme narrative traditionnelle qui fait du lecteur un « voyeur passif» de l’action romanesque. En revanche en renonçant à imposer une ambiance, en rompant avec la construction linéaire, en osant faire –en plein récit- des introspections ou des retours dans le temps, il laisse au lecteur une liberté d’exégèse et le rend donc actif dans l’interprétation du texte. Cette forme littéraire inconnue jusqu’aux années 50 perturbe tellement les défenseurs de la littérature académique qu’un journaliste du « Monde », Emile Henriot, se sent obliger de distinguer Nathalie Sarraute, Michel Butor, Simon, Robbe-Grillet et même Marguerite Duras des autres écrivains. Pour les réunir sous une même bannière il invente alors le terme « nouveau roman ».
Ne croyez pas que le « nouveau roman » a été reconnu dès sa naissance et qu’il a eu droit aux couronnes de lauriers. Non ! A l’époque, des critiques influents (dont Emile Henriot) se sont offusqués et ont dénoncé la transgression des règles romanesques. Ces aristarques ont été si violents que « La jalousie » une œuvre de Robbe-Grillet publiée en 1957 ne s’est vendue qu’à 746 exemplaires. A peine né le nouveau roman était donc mort. Beaucoup l’on cru. Mais il y a eu l’inattendu : le nouveau roman a pris ses lettres de noblesse aux Etats-Unis. Sans vouloir négliger les soutiens, (et ce, contre vents et marées) de Jean Paulhan, Maurice Blanchot, Georges Lambrichs et Roland Barthes, il faut bien admettre que se sont surtout des intellectuels américains qui ont porté le nouveau roman jusqu’au Panthéon des lettres françaises. Ainsi, Alain Robbe-Grillet a été–il l’est encore aujourd’hui – l’un des écrivains français le plus étudié dans les universités d’Outre-atlantique.
Alain Robbe-Grillet, académicien depuis 2004 mais qui, pareil à une dernière provocation, ne s’est jamais rendu sous la coupole parce qu’il ne supportait pas de porter l’habit vert, est mort dimanche dernier. Il avait 85 ans.
Il n’y aurait donc pas « de chef-d’œuvre dans l'éternité, mais seulement des œuvres dans l'histoire ». Certes ! Alors comment savoir ce qu’il restera des œuvres de Robbe-Grillet ?
Eric Yung.
(1) Pour un nouveau roman. 1963.
Francis CARCO, l'écrivain des minorités, des putains et des mauvais garçons.
Né le 3 juillet 1886 et mort le 26 mai 1958.
Nous sommes le 26 mai 1958. Cette scène a eu lieu, réellement : imaginons-là ensemble.
Depuis la fin de l’après-midi, la Garde Républicaine défile et les sabots des chevaux cognent, en désordre, les pavés de Paris. Le cortège se meut maintenant dans l’Ile Saint Louis, emprunte le quai de Béthune et passe devant l’immeuble situé au numéro l8. Les cavaliers soufflent dans les clairons et les trompettes, battent la peau des tambours. La musique militaire monte dans l’air et, par une fenêtre grande ouverte, entre dans la chambre de François Carcopino-Tusoli. François Carcopino-Tusoli est allongé sur son lit. Il agonise. Mais au passage de la Garde il ouvre les yeux ; il reconnaît l’air de l’Ajaccienne, un air à la mode chanté par Tino Rossi et adapté pour la fanfare. Les cavaliers s’éloignent déjà et à peine ont-ils franchi le pont de Sully que François Carcopino-Tusoli rend son dernier souffle. Un grand écrivain vient de mourir au son de la musique de la Garde Républicaine. En effet, c’est le 26 mai 1958 que François Carcopino-Tusoli plus connu sous le pseudonyme de Francis Carco est mort.
Ce romancier, essayiste, poète et journaliste a, il nous faut le reconnaître, disparu (un peu ?) de notre mémoire. Un oubli qui apparaît comme une faute de goût collective tant Francis Carco a laissé une œuvre littéraire importante certes, mais surtout unique en son genre. Il faut dire que beaucoup de ses livres (il en a écrit plus d’une centaine) traitent des minorités, des prostitués et des mauvais garçons. Une source d’inspiration qui aurait été puisée – c’est en tous cas la version de nombreux historiens- à la source de son enfance. Pourquoi ? Parce que Francis Carco fils d’un inspecteur des domaines de l’Etat, fonctionnaire installé de longues années en Nouvelle-Calédonie, a vu –plusieurs fois par jour- passer sous les fenêtres de la maison familiale des milliers et des milliers de bagnards enchaînés, fouettés, maltraités. Par ailleurs, le père de Francis Carco était lui-même un homme violent ce qui aurait conduit, très tôt, l’auteur de « L’homme traqué » à se réfugier dans le roman et la poésie. Ceux et celles qui aiment les livres qui aspirent à un ailleurs fait de « rues obscures, de bars, de ports retentissant des appels des sirènes, des navires en partance et des feux dans la nuit » doivent lire vite Francis Carco. Il est toujours difficile de conseiller une lecture particulière mais j’ose pourtant –si vous ne connaissez pas du tout Carco- vous recommander de le découvrir par « Jésus la Caille » écrit en 1914, « L’homme traqué » bien sûr, roman qui a obtenu en 1922 le grand prix de l’Académie Française ou encore « La petite suite sentimentale » paru en 1936. Pour cerner un peu mieux l’esprit de Francis Carco et tenter d’approcher au plus près son art reprenons le court portrait de Roland Dorgelès. Il a dit de Carco : il est « prisonnier comme (les bagnards de Nouméa), mais prisonnier de lui-même, il n’a jamais pu s’évader. C’est toujours ainsi qu’il a vu le monde, observé les êtres, dans une brume de mélancolie que nul rayon de joie ne parvenait à percer ».
Francis Carco, qui a été l’ami de Colette, de Paul Bourget, d’Apollinaire, de Max Jacob, d’Utrillo et Modigliani, n’a pas été seulement un écrivain et poète célèbres. Il a écrit aussi de nombreuses chansons à succès, en particulier pour Fréhel et Marie Dubas. Edith Piaf quant à elle a immortalisé les paroles : « L’orgue des amoureux ».
Disparu à l’âge de 62 ans, le 26 mai 1958, François Carcopino-Tusoli dit Francis Carco est inhumé au cimetière parisien de Bagneux.
Eric Yung.
lundi 19 octobre 2009
LES MYSTERES DE PARIS d'Eugène SUE.
Chronique : Les succès d’autrefois.
LES MYSTERES DE PARIS d’Eugène Sue.
Un roman a, autrefois, connu un succès si important que l’on a du mal, aujourd’hui, à imaginer qu’un livre, un simple livre, puisse déclencher autant de passions populaires… Il s'agit des "Mystères de Paris" d'Eugène Sue.
En effet, Eugène Sue est l’un des écrivains –et peut-être même l’écrivain – qui a connu le plus de succès au milieu du 19° siècle. Un succès si immense qu’il rendrait jaloux quelques uns de nos plumitifs contemporains dont la notoriété se mesure, non pas par la qualité de leur œuvre, mais par le nombre de passages à la télévision.
« LES MYSTERES DE PARIS » par les simples histoires qu’ils racontent et publiées d’abord (en 1842 et 1843) sous forme de feuilleton dans le « Journal des débats » puis édité chez Gosselin en 10 volumes a connu un tel succès immédiat et quasi-universel, « que même les gens qui ne savaient pas lire, a écrit Théophile Gauthier, se les faisaient réciter par quelque portier érudit et de bonne volonté ». A l’époque, devant l’enthousiasme populaire pour cette série de romans qui a confiné au phénomène de société, on a même dit … et écrit que « des malades ont attendu, pour mourir, la fin des « Mystères de Paris ».
On ne mesure sûrement pas aujourd’hui l’engouement du public pour cette œuvre. "Les Mystères Paris" ont fait explosé les ventes du quotidien à tel point que les tirages n’ont jamais été suffisants et que les lecteurs se sont mis à louer, à la demi-heure, le Journal pour suivre les aventures de Rodolphe, de Fleur de Marie, de Rigolette, de la Chouette, du Chourineur, de Tortillard et des quelques autres héros de cette série romanesque sans oublier de citer, monsieur et madame Pipelet, un couple, gardien d’immeuble, qui donnera le vocable « pipelette » pour désigner plus tard les concierges de Paris.
Les « Mystères de Paris » d’Eugène Sue ont inspiré des dizaines d’autres romans tels que les « Mystères de Marseille » d’Emile Zola, « Les Mystères de Londres » de Paul Féval et par ailleurs auteur du Bossu, ou encore les « Mystères de Munich » ou les « Nouveaux mystères de Paris » de Léo Malet. Et c’est aussi, et encore suis-je tenté de dire, les « Mystères de Paris » qui inaugureront, plus tard, la naissance du feuilleton radiophonique.
Par ailleurs, beaucoup d'historiens en sont d’accord : ce sont les Mystères de Paris qui par l’impact qu’ils ont eu sur la population ont créé le climat favorable à la Révolution de l848.
Enfin, la renommée de cette série romanesque a été si importante qu’elle est devenue internationale. D’ailleurs, perçu par le pouvoir de l’époque, comme une vive critique sociale Eugène Sue, bien qu’élu député, a été exilé.
Enfin -et pour l'anecdote - « Les Mystères de Paris » ont fait l’objet d’une critique journalistique signé d’un personnage qui allait s’installer dans la mémoire universelle… puisque cette critique a été signée par un certain… … Karl Marx !
Alors, si voulez vivre et partagez les aventures rapportées par Eugène Sue dans ses « Mystères de Paris » courrez, courrez vite chez votre libraire préféré. Les Mystères de Paris sont toujours édités aujourd’hui.
Eric Yung.
samedi 10 octobre 2009
- Octave Mirbeau a été l’un des auteurs les plus populaires du 19° siècle. Si l’on connaît bien « Le journal d’une femme de chambre » l’un de ses livres adapté par Buñuel au cinéma on ignore beaucoup de son œuvre et de sa vie.
Octave Mirbeau ? C’est le peuple français - au sens où cette expression avait au 19° siècle un sens - qui l’a aimé et adulé et qui lui a offert le succès et la gloire. En revanche, ce que l’on a osé appeler l’intelligentsia de l’époque c'est-à-dire –selon Pierre Michel, universitaire et président–fondateur de la société Octave Mirbeau - « les spéculateurs et affairistes, les pirates de la bourse, les requins de l’industrie, les monstres moraux (…), les pétrisseurs d’âmes (…) et les rastaquouères des arts et des lettres » l’ont détesté. Et pour cause : Octave Mirbeau a, dans toute son œuvre, mis au pilori de l’infamie toutes les formes de « l’exploitation de l’homme par l’homme » (une locution, précisons-le en passant, qui est de Théodore Six et non pas comme on le croit souvent de Karl Marx) oui, disais-je, combattre « l’exploitation de l’homme par l’homme » « pour, a écrit Emile Zola, "donner son cœur aux misérables et aux souffrants de ce monde ».Tout au long de sa vie, Octave Mirbeau, a trempé sa plume dans l’encre de la révolte avec l’espoir que la littérature « abrutie par la fausse poésie du panthéisme idiot et barbare » se débarrasse –au bénéfice du peuple- de « ces stupides sentiments (…) conventionnels » de « ses erreurs métaphysiques » et que l’écrivain devienne un « prolétaire des lettres » pour s’engager « dans les combats de son temps ». Des idées partagées alors par le grand public. En effet, il faut savoir que certains de ses romans se sont vendus à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires ce qui a été, au temps de leurs publications, un phénomène d’édition. Qu’au moins deux de ses pièces de théâtre ont remporté de grand succès. « Les mauvais bergers » par exemple (dont les rôles principaux ont été interprétés par Sarah Bernhard et Lucien Guitry) a rempli les salles durant des semaines et « Les affaires sont les affaires » (jouée en 1903) a connu un triomphe mondial.
Et puis, Octave Mirbeau s’est plu à pourfendre l’art académique. Il a dénoncé aussi les réseaux de salon, s’est lancé dans la bataille des dreyfusards, a défendu et fait connaître des écrivains novateurs tel que Maurice Maeterlinck, Rémy de Gourmont, Jules Renard, Léon Bloy, a soutenu Paul Léautaud et Alfred Jarry et a admiré les écrivains russes. De quoi rendre fou les valets de la société conformiste et des biens pensants. Alors, on a voulu en finir avec Octave Mirbeau, cet écrivain qualifié –dans un rapport de police daté de 1891- de mal-pensant et de provocateur bref, en un mot, « d’anarchiste ». C’est vrai, Octave Mirbeau a attisé les haines des classes dirigeantes de l’époque et leur aversion vis-à-vis de l’écrivain a été si grande qu’il a même été victime d’un complot monté par ses détracteurs. En effet, sitôt après sa mort et avec la complicité de son ex-épouse, ils ont publié un faux testament intellectuel. Une action dont le but avoué a été de salir durablement la mémoire d’Octave Mirbeau.
Ses livres devaient donc se faire rares dans les bibliothèques et son nom expédié, à jamais, dans l’armoire de l’oubli. Beaucoup l’ont cru. Mais en 1970 un éditeur (Hubert Juin) décide de republier ses romans. C’est le début de sa réhabilitation. En1980 ce sont les premières recherches universitaires en France. Enfin, sous la houlette de l’érudit et passionné Pierre Michel c’est, en 1990, la parution de la première biographie d’Octave Mirbeau. Depuis, c’est la résurrection : de colloques internationaux en conférences, de débats en lectures publiques, l’œuvre d’Octave Mirbeau a repris sa juste place au Panthéon de la littérature universelle.
Si vous ne connaissez pas encore Octave Mirbeau permettez-moi de vous conseiller, pour commencer, « Le journal d’une femme de chambre », « Le jardin des supplices » ou « Un gentilhomme ». Des livres que l'on trouve facilement dans les "vraies" librairies.
Eric Yung.
lundi 20 juillet 2009
Chronique
Celles et ceux qui reliront (peut-être) Louis Nucera (comme je l’ai fait cet été) auront du vrai et pur bonheur de lecture. Les livres de Louis Nucera ont en commun ce goût suave des fictions dont l’épicentre du sujet est consacré à l’Etre qui se tient debout dans un environnement toujours ensoleillé. Qu’il soit passant, frère ou ami, Louis Nucera les a peints avec des mots de couleurs, il nous en a parlé dans un style qui n’est que le sien, c'est-à-dire avec cet art de la phrase dépouillée, des mots simples et justes. Quel écrivain n’aurait pas aimé écrire cette phrase tiré d’un de ses romans dédié à Suzanne, sa femme : « il se caressait les yeux à la regarder » ? Aucun. Pour dire encore la beauté du style de Nucera référons-nous a François Bott qui, dans une sorte d’hommage à l’auteur du « Chemin de la lanterne » -prix Interallié 1981) et rédigé pour un magazine littéraire a écrit : il est « cet écrivain très classique qui savait organiser le complot de la grammaire et de l’émotion ». Louis Nucera était aussi un maître dans l’art du portrait. En effet, comment ne pas être ému par cette phrase tirée de « Mes ports d’attache » un livre consacré à ses amis disparus et qui, au sujet de Joseph Kessel, disait : « le visage de Kessel interprétait les mouvements de son cœur, comme le ciel et la mer dessinent les frasques du temps ». Nucera qui se plaisait à dénoncer, sans cesse, tout comme Joseph Kessel « la foire des vanités » avaient avec lui pour points communs - et je cite-: « d’aimer le spectacle de la vie, l’extravagance humaine sans nous s’en lasser, les repas entre amis (…) et l’humilité ». Il aimait répéter que les écrivains « étaient les envoyés de la beauté sur terre ». Il aimait si fort la littérature qu’il regrettait publiquement, une pointe de colère dans la voix, que les « discours d’un rocker ou d’un animateur de la télévision revêtent, aujourd’hui, plus d’importance que les propos des écrivains ».
Un constat, puisque cela en est un, qu’il partageait avec ses amis les plus proches : Kessel bien sûr, mais aussi Brassens, Cocteau, Blondin, Moretti, Lino Ventura, Henry Miller et Kundera dont la passion de la bicyclette les avait sans cesse rapprochée. Chers amis de France Bleu qui ne vous souvenez plus ou –heureux lecteurs de demain!- qui ne connaissait pas encore les livres de Louis Nucera, ne seriez-vous pas sensible à cet écrivain, à cet « homme guidé par le souci d’admirer, le désir de rendre justice à la beauté des choses et qui appréciait la politesse du désespoir, la peinture des états d’âme, le tango, l’alchimie des sentiments, le l8° arrondissement, les vieux quartiers niçois, (…) et les instituteurs qui transmettent à leurs élèves du fond de la classe, près du radiateur, le goût de la lecture » comme l’a encore écrit François Bott ? Si, bien sûr ! Alors, je me permets de vous conseiller quelques titres de Louis Nucera. Procurez-vous, par exemple, le « Chemin de la lanterne, « La chanson de Maria », « Le ruban rouge » ou si vous aimez particulièrement les promenades et rencontres littéraires « Mes ports d’attache ».
Louis Nucera est mort sur sa bicyclette. Il a été tué par un automobiliste le 9 août 2000 sur la commune de Carros, près de Nice.
Eric Yung.
dimanche 3 mai 2009
Georges DARIEN le "cambrioleur de la vérité".
Traduit devant le conseil de guerre pour insubordination il est envoyé en Tunisie dans un régiment disciplinaire. Une expérience douloureuse dont il tirera l’histoire de « Biribi, discipline militaire » un roman pamphlétaire qui lui vaudra les foudres de l’armée et de la police. Georges Darien est obligé de fuir la France. Il se réfugie en Angleterre. C’est au pays de la perfide Albion qu’il écrit, sur les bords de la Tamise, « Le voleur ». Ce roman paraît en 1897 et deviendra fameux mais il sera occulté par la critique tant la description qu’il fait des classes sociales dominantes, installées dans l’opulence au détriment des pauvres, est un livre dérangeant. Alfred Jarry et Alphonse Allais font connaître leur admiration pour Georges Darien. André Breton écrit que l’œuvre de Darien « est le plus rigoureux assaut qu’il connaît contre l’hypocrisie, l’imposture, la sottise et la lâcheté ». Ces soutiens ne suffiront pas. « Le voleur » sera ignoré par la plupart des libraires et caché au grand public. Ce n’est qu’en l955, (c'est-à-dire 58 ans après sa première parution) lorsqu’un éditeur érudit décide de le réimprimer que ce roman va connaître un immense succès et assurera la postérité de son auteur. Dès lors, Georges Darien est un écrivain reconnu. Pourtant, aujourd’hui, ses pièces de théâtre, ses chroniques et ses romans sont à nouveau oubliés. C’est dommage ! Mais tout n’est pas perdu. En effet, notre époque dont on dit volontiers qu’elle est lisse, sans passions, conformiste et qu’elle conduit les dernières grandes idées à vau-l’eau, pourrait être propice à redécouvrir Georges Darien. Lire « Le voleur » par exemple, s’est se débarrasser des préjugés, des apriorismes, c’est accepter d’être happé par des réflexions que –hors la lecture- nous nous interdirions et dont nous nous refuserions d’en reconnaître le bien-fondé. Après tout, comme l’a écrit Georges Darien « Dans une société de brigands et de menteurs, la littérature est le seul moyen de cambrioler la vérité ». C’est cette forme de vérité que je vous propose de lire ou relire. Si vous ne le connaissez pas, découvrez Georges Darien ! La liberté de ses textes vous rendra heureux. Par ailleurs, l’acte de lecture sera une façon de sceller le destin de Darien selon lequel cet écrivain hors-normes et qualifié autrefois « d’irrégulier » passe, sans cesse, de l’oubli à la célébrité. Question d’époque ! Or, c’est peut-être le bon moment pour que les romans de Georges Darien (dont « Le voleur ») soient appréciés à leur vraie valeur : libre et passionnant.
« Le voleur » de Georges Darien est aujourd’hui publié en livre de poche dans la collection Folio. C’est chez Gallimard
mercredi 8 avril 2009
JULIEN GRACQ, LE DISCRET.
Parmi ce qu’il est convenu d’appeler les grands écrivains il en est un qui nous a quitté discrètement la semaine dernière : c’est Julien Gracq. Auteur discret, cet écrivain, décédé le 22 décembre 2007 était l’homme d’une autre génération littéraire. Refusant les honneurs, se tenant loin des caméras de la télévision, il regardait –sans le comprendre peut-être ? - son temps avec étonnement. Ainsi, le témoignage de son médecin qui, au cours d'une de leur dernière conversation a évoqué son rapport à l’écriture : « Je le voyais, comme tous mes patients, chez lui ou à mon cabinet. (…) Il était angoissé, par exemple, de voir que le travail d’une vie d’écrivain peut être contenu sur un CD. Il me disait : vous vous rendez compte, toute l’œuvre de Balzac tient sur un demi CD ». C’est dire si Julien Gracq (de son vrai nom Louis Poirier) avait sacralisé le métier des lettres. Une nouvelle, un roman ou un poème ne pouvait pas être un « produit » consommable. C’était, obligatoirement, une œuvre qu’il fallait, lentement, consulté.
Si la notoriété de Julien Gracq est quasi-universelle, s’il est aujourd’hui inscrit dans les programmes universitaires pour y être étudié, ses livres n’ont jamais connu de grands tirages, hormis « Le rivage des Syrtes » qui obtiendra, en 1951, le prix Goncourt. Un prix que Julien Gracq a d’ailleurs dédaigné. Enfin, il est amusant de remarquer que son premier manuscrit « Au château d’Argol » a été refusé par Gallimard et que, quelques années plus tard, c’est pourtant Gallimard qui a publié, de son vivant -et la chose est rare pour être soulignée- son œuvre complète dans la prestigieuse collection « La Pléiade ». Des contradictions littéraires qui peuvent laisser croire que les romans de Julien Gracq sont contreversés et plus ou moins accessibles aux communs des mortels. Il n’en est rien. Bien au contraire. « Les livres de Julien Gracq sont des livres de chevet que l’on peut relire sans cesse en les ouvrant au hasard. "Je sais d’expérience que dans des périodes de tristesse et de solitude la lecture de Gracq apporte un réconfort, un apaisement et une exaltation » a écrit Patrick Modiano.
Vous qui allez peut-être vouloir découvrir les romans de Julien Gracq je me permets de vous conseiller –et le risque est grand de le faire ! – les « Eaux étroites ». Un roman dont voici les premières phrases. Elles résument, me semble-t-il, l’esprit de toute l’œuvre de Gracq :
« Pourquoi ce sentiment s’est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage seul –le voyage sans idée de retour- ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette du sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l’excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, à la clôture de la maison familière ? ».
Julien Gracq est mort samedi 22 décembre 2007. Il avait 97 ans.
Eric Yung.

















